Interview Antoine COLLE

Pour téléchargez l’interview d’Antoine COLLÉ de Blank

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots et nous dire comment êtes-vous arrivé en Compliance ?

 

Bonjour, je m’appelle Antoine, j’ai 30 ans. J’ai suivi un parcours de type « double casquette », avec un Master 2 en Droit (faculté d’Aix-en-Provence) et un Master Spécialisé en école de commerce (ESCP). Après un stage de fin d’étude en cabinet d’avocats (Dentons), j’ai voulu élargir ma vision en tentant l’expérience des “Big Four », département Advisory : c’est là que j’ai découvert la Compliance. Une passion qui dure depuis plus de 5 ans !

Tous nos lecteurs ne connaissent peut-être pas encore BLANK, pouvez-vous expliquer le projet ?

 

Blank, c’est un compte pro disponible sur application mobile, assorti d’outils de gestion dont l’objectif est d’alléger le poids administratif qui pèse sur le quotidien des indépendants (plus de 4 millions en France). C’est un projet à forte résonance sociétale en cette période de crise, et qui est rendu possible grâce au concours du Crédit Agricole dont nous sommes filiales.

Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs, quel est le rôle de la compliance dans une fintech ; notamment lors de la phase de création et de lancement que vous venez de traverser avec BLANK ? Peut-on définir BLANK comme un néo-banque ?


Le terme néo-banque vient récemment d’être épinglé par l’ACPR et seuls les établissements de crédit peuvent s’en prévaloir. Pour être juridiquement précis, Blank est « agent d’établissement de paiement » ; voilà les nuances auxquelles le département Compliance doit veiller, par exemple. De façon plus générale, la Compliance en fintech agit comme en banque : c’est une fonction de gestion du risque. Mais elle doit aussi être proche des équipes Produits et donc de la Tech. Cela paraît évident mais il existe un vrai fossé culturel entre un juriste sorti de la faculté et le milieu start-up. Le vrai challenge de la Compliance en fintech est là.

Quelles sont les particularités d’un compliance officer dans une fintech ? 

 

Je dirais que la première est la nécessité de s’adapter aux méthodes de travail propres aux start-up. C’est à la fois un défi et une opportunité pour la suite de sa carrière. Si vous êtes capable de mixer des notions de « sprint », « user stories » et de réglementations, alors c’est le jackpot ! 

La seconde c’est évidemment de comprendre les vrais enjeux réglementaires à l’échelle d’une société encore jeune. J’avoue que c’est cet aspect qui m’a demandé le plus d’effort, à cause de mes expériences précédentes très orientées « grands groupes ».

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos relations avec les régulateurs ? 

 

Juridiquement assez distantes et pourtant omniprésentes ! En tant qu’agent, nous ne sommes pas dans le prisme direct d’un régulateur comme l’ACPR, mais nous n’oublions pas la CNIL, la DGCCRF, le Trésor qui ont tout pouvoir pour venir nous contrôler. Notre principal régulateur est plutôt l’établissement de paiement avec lequel nous travaillons. C’est lui qui exerce un contrôle de second niveau sur nos activités.

BLANK étant une entreprise très récente, vous devez être à la tête d’une petite équipe. Combien de personnes composent l’équipe Compliance et comment organisez-vous la charge de travail ?

 

La Compliance c’était d’abord notre CTO et cofondateur qui je crois l’a bien vécu d’ailleurs. Ensuite, je suis arrivé et j’ai monté progressivement une petite équipe, avec une analyste conformité et une stagiaire. Je pense qu’il y a une soif d’apprendre et de curiosité dans notre département. On récupère beaucoup de sujets, notamment le juridique. La charge de travail est répartie chaque semaine entre nous via un outil qui s’appelle Asana, très pratique. Au sein de l’équipe, nous avons à la fois des sujets distincts selon nos spécialités mais aussi des périmètres communs, comme la lutte contre la fraude.

Quel type de profils trouve-t-on dans votre équipe ?

 

La diversité n’est pas encore maximale mais nous y travaillons ! Nous sommes tous juristes, deux issus d’un master de Droit et une issue de Science po, mais il n’empêche que nos personnalités sont toutes uniques et se complètent harmonieusement . Dans les prochains mois, j’aimerais essayer de recruter un profil plus éclectique, un tech-compliance ce serait génial !

Comment sensibilisez- vous au sein de votre entreprise les collaborateurs aux enjeux de la compliance ? 


Pour que les messages passent, il faut d’abord être écouté des autres équipes. Cela passe donc par une phase où nous devons faire nos preuves en tant que conseiller du business. Quand vous gagnez en légitimité, les enjeux Compliance y gagnent aussi et tout le monde y porte attention. Notre dernière formation sur le RGPD a surtout été un lieu d’échanges avec tout le staff Blank, bien mieux qu’un e-learning sans saveur.

En tant que manager, gardez-vous un rôle également opérationnel au sein de votre équipe ? 

 

Évidemment, j’ai la chance d’avoir encore du temps pour travailler sur des dossiers d’onboarding, des cas de fraude, des études d’indicateurs et des recherches réglementaires. C’est vraiment indispensable pour la mise en place du process, pour mieux conseiller le Produit et garder un bon lien avec les équipes de terrain comme le Customer Support.

Qu’est ce qui vous plaît le plus dans votre métier ? 

 

D’abord, les gens avec lesquels je travaille. Parce qu’ils sont inspirants, innovants, résilients et surtout qui ne se prennent pas au sérieux. Ensuite le périmètre de mes missions, périmètre qui est comme l’univers, en perpétuelle expansion !

La question inévitable du moment : quels sont les impacts du covid sur votre activité ? 

 

Qui dit start-up dit travail nomade et agilité dans les modes de collaboration. Nous avons du matériel dernière génération et faisons preuve d’une grande clémence vis-à-vis du home office. De toute façon, tout système finit par se réguler de lui-même : l’excès de télétravail finit par être délétère et nous apprécions tous de revenir de temps en temps au bureau, dans les règles de distanciation bien entendu. Côté business, le Covid n’a pas d’effet aussi catastrophique que dans d’autres filières. Blank s’adresse principalement à des micro-entrepreneurs et leur nombre ne cesse de croître, pandémie ou non !

Le brexit a t’il eu des impacts sur votre activité ? 

 

J’aurais été dans mon précédent poste, j’aurais pu en parler des heures ! Mais pour Blank, c’est-à-dire un compte pro distribué en France à des entreprises immatriculées en France, l’impact est quasi nul. Nous avons simplement vérifié que nous ne stockions pas de données au UK.

Quels sont les prochains enjeux compliance pour vous ? 


L’open banking (DSP2) qui n’a pas encore atteint sa maturité et, de facto, son interprétation réglementaire. La LCB-FT aussi, mais plutôt autour de la question « comment la data et la technologie vont me permettre d’appliquer les règles de façon plus frictionless pour un client ? »

Vous êtes à la fois Head of Legal and Compliance ; est-ce que cela change quelque chose dans votre approche de la compliance ? 

 

J’en reviens toujours aux textes et c’est une qualité partagée dans mon équipe. 

Qui maîtrise les textes maîtrise mieux la gestion du risque, sa probabilité, ses conséquences. Prendre également sous mon aile les sujets juridiques permet aussi de m’aérer en travaillant sur des négociations contractuelles avec nos partenaires. Le périmètre du juridique est aussi transversal que la Compliance : je pourrais facilement ne faire que ça à temps plein et dégoter des dizaines de sujets qualitatifs pour Blank. Je dois faire attention à cette voix intérieure.

De fait, ne faudra t’il pas à terme, séparer le Legal de la Compliance comme cela se fait de plus en plus ?  

 

Dans la compliance, il y a une partie advisory qui se rapproche beaucoup du métier de juriste. Ma vision de l’avenir pour Blank serait d’avoir, au sein du département Legal & Compliance, une sous-équipe “advisory” qui gèrerait les sujets de conseil (conformité et juridique) et une sous-équipe “compliance opérationnelle”, en charge de la LCB FT. 

Quels sont les prochains experts que l’on devrait interviewer selon vous ?

 

Des experts compliance qui travaillent pour des solutions de paiement en BtoB, principalement pour des marketplaces. C’est un pan inconnu du grand public qui mériterait à être démocratisé, surtout quand on voit la valorisation d’un grand nom du secteur … Stripe ! J’ai aussi en tête les métiers de la conformité au sein des grands corporates comme Total ou LVMH, une application plus sectorielle et différente du secteur financier.

Pour finir, quelle est votre définition de la compliance ? 

 

La compliance, c’est une méthode de travail, un réflexe, une philosophie presque ! C’est l’art de placer le curseur du risque au bon endroit avant toute prise de décision ayant un impact sur votre business.



p/o Virginie Gastine Menou

RISQUES ET VOUS

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Publié le 20 septembre 2021 par

Virginie GASTINE MENOU

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Bonjour, je m’appelle Antoine, j’ai 30 ans. J’ai suivi un parcours de type « double casquette », avec un Master 2 en Droit (faculté d’Aix-en-Provence) et un Master Spécialisé en école de commerce (ESCP). Après un stage de fin d’étude en cabinet d’avocats (Dentons), j’ai voulu élargir ma vision en tentant l’expérience des “Big Four », département Advisory : c’est là que j’ai découvert la Compliance. Une passion qui dure depuis plus de 5 ans !

Tous nos lecteurs ne connaissent peut-être pas encore BLANK, pouvez-vous expliquer le projet ?

 

Blank, c’est un compte pro disponible sur application mobile, assorti d’outils de gestion dont l’objectif est d’alléger le poids administratif qui pèse sur le quotidien des indépendants (plus de 4 millions en France). C’est un projet à forte résonance sociétale en cette période de crise, et qui est rendu possible grâce au concours du Crédit Agricole dont nous sommes filiales.

Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs, quel est le rôle de la compliance dans une fintech ; notamment lors de la phase de création et de lancement que vous venez de traverser avec BLANK ? Peut-on définir BLANK comme un néo-banque ?

Le terme néo-banque vient récemment d’être épinglé par l’ACPR et seuls les établissements de crédit peuvent s’en prévaloir. Pour être juridiquement précis, Blank est « agent d’établissement de paiement » ; voilà les nuances auxquelles le département Compliance doit veiller, par exemple. De façon plus générale, la Compliance en fintech agit comme en banque : c’est une fonction de gestion du risque. Mais elle doit aussi être proche des équipes Produits et donc de la Tech. Cela paraît évident mais il existe un vrai fossé culturel entre un juriste sorti de la faculté et le milieu start-up. Le vrai challenge de la Compliance en fintech est là.

Quelles sont les particularités d’un compliance officer dans une fintech ? 

 

Je dirais que la première est la nécessité de s’adapter aux méthodes de travail propres aux start-up. C’est à la fois un défi et une opportunité pour la suite de sa carrière. Si vous êtes capable de mixer des notions de « sprint », « user stories » et de réglementations, alors c’est le jackpot ! 

La seconde c’est évidemment de comprendre les vrais enjeux réglementaires à l’échelle d’une société encore jeune. J’avoue que c’est cet aspect qui m’a demandé le plus d’effort, à cause de mes expériences précédentes très orientées « grands groupes ».

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos relations avec les régulateurs ? 

 

Juridiquement assez distantes et pourtant omniprésentes ! En tant qu’agent, nous ne sommes pas dans le prisme direct d’un régulateur comme l’ACPR, mais nous n’oublions pas la CNIL, la DGCCRF, le Trésor qui ont tout pouvoir pour venir nous contrôler. Notre principal régulateur est plutôt l’établissement de paiement avec lequel nous travaillons. C’est lui qui exerce un contrôle de second niveau sur nos activités.

BLANK étant une entreprise très récente, vous devez être à la tête d’une petite équipe. Combien de personnes composent l’équipe Compliance et comment organisez-vous la charge de travail ?

 

La Compliance c’était d’abord notre CTO et cofondateur qui je crois l’a bien vécu d’ailleurs. Ensuite, je suis arrivé et j’ai monté progressivement une petite équipe, avec une analyste conformité et une stagiaire. Je pense qu’il y a une soif d’apprendre et de curiosité dans notre département. On récupère beaucoup de sujets, notamment le juridique. La charge de travail est répartie chaque semaine entre nous via un outil qui s’appelle Asana, très pratique. Au sein de l’équipe, nous avons à la fois des sujets distincts selon nos spécialités mais aussi des périmètres communs, comme la lutte contre la fraude.

Quel type de profils trouve-t-on dans votre équipe ?

 

La diversité n’est pas encore maximale mais nous y travaillons ! Nous sommes tous juristes, deux issus d’un master de Droit et une issue de Science po, mais il n’empêche que nos personnalités sont toutes uniques et se complètent harmonieusement . Dans les prochains mois, j’aimerais essayer de recruter un profil plus éclectique, un tech-compliance ce serait génial !

Comment sensibilisez- vous au sein de votre entreprise les collaborateurs aux enjeux de la compliance ? 

Pour que les messages passent, il faut d’abord être écouté des autres équipes. Cela passe donc par une phase où nous devons faire nos preuves en tant que conseiller du business. Quand vous gagnez en légitimité, les enjeux Compliance y gagnent aussi et tout le monde y porte attention. Notre dernière formation sur le RGPD a surtout été un lieu d’échanges avec tout le staff Blank, bien mieux qu’un e-learning sans saveur.

En tant que manager, gardez-vous un rôle également opérationnel au sein de votre équipe ? 

 

Évidemment, j’ai la chance d’avoir encore du temps pour travailler sur des dossiers d’onboarding, des cas de fraude, des études d’indicateurs et des recherches réglementaires. C’est vraiment indispensable pour la mise en place du process, pour mieux conseiller le Produit et garder un bon lien avec les équipes de terrain comme le Customer Support.

Qu’est ce qui vous plaît le plus dans votre métier ? 

 

D’abord, les gens avec lesquels je travaille. Parce qu’ils sont inspirants, innovants, résilients et surtout qui ne se prennent pas au sérieux. Ensuite le périmètre de mes missions, périmètre qui est comme l’univers, en perpétuelle expansion !

La question inévitable du moment : quels sont les impacts du covid sur votre activité ? 

 

Qui dit start-up dit travail nomade et agilité dans les modes de collaboration. Nous avons du matériel dernière génération et faisons preuve d’une grande clémence vis-à-vis du home office. De toute façon, tout système finit par se réguler de lui-même : l’excès de télétravail finit par être délétère et nous apprécions tous de revenir de temps en temps au bureau, dans les règles de distanciation bien entendu. Côté business, le Covid n’a pas d’effet aussi catastrophique que dans d’autres filières. Blank s’adresse principalement à des micro-entrepreneurs et leur nombre ne cesse de croître, pandémie ou non !

Le brexit a t’il eu des impacts sur votre activité ? 

 

J’aurais été dans mon précédent poste, j’aurais pu en parler des heures ! Mais pour Blank, c’est-à-dire un compte pro distribué en France à des entreprises immatriculées en France, l’impact est quasi nul. Nous avons simplement vérifié que nous ne stockions pas de données au UK.

Quels sont les prochains enjeux compliance pour vous ? 

L’open banking (DSP2) qui n’a pas encore atteint sa maturité et, de facto, son interprétation réglementaire. La LCB-FT aussi, mais plutôt autour de la question « comment la data et la technologie vont me permettre d’appliquer les règles de façon plus frictionless pour un client ? »

Vous êtes à la fois Head of Legal and Compliance ; est-ce que cela change quelque chose dans votre approche de la compliance ? 

 

J’en reviens toujours aux textes et c’est une qualité partagée dans mon équipe. 

Qui maîtrise les textes maîtrise mieux la gestion du risque, sa probabilité, ses conséquences. Prendre également sous mon aile les sujets juridiques permet aussi de m’aérer en travaillant sur des négociations contractuelles avec nos partenaires. Le périmètre du juridique est aussi transversal que la Compliance : je pourrais facilement ne faire que ça à temps plein et dégoter des dizaines de sujets qualitatifs pour Blank. Je dois faire attention à cette voix intérieure.

De fait, ne faudra t’il pas à terme, séparer le Legal de la Compliance comme cela se fait de plus en plus ?  

 

Dans la compliance, il y a une partie advisory qui se rapproche beaucoup du métier de juriste. Ma vision de l’avenir pour Blank serait d’avoir, au sein du département Legal & Compliance, une sous-équipe “advisory” qui gèrerait les sujets de conseil (conformité et juridique) et une sous-équipe “compliance opérationnelle”, en charge de la LCB FT. 

Quels sont les prochains experts que l’on devrait interviewer selon vous ?

 

Des experts compliance qui travaillent pour des solutions de paiement en BtoB, principalement pour des marketplaces. C’est un pan inconnu du grand public qui mériterait à être démocratisé, surtout quand on voit la valorisation d’un grand nom du secteur … Stripe ! J’ai aussi en tête les métiers de la conformité au sein des grands corporates comme Total ou LVMH, une application plus sectorielle et différente du secteur financier.

Pour finir, quelle est votre définition de la compliance ? 

 

La compliance, c’est une méthode de travail, un réflexe, une philosophie presque ! C’est l’art de placer le curseur du risque au bon endroit avant toute prise de décision ayant un impact sur votre business.

p/o Virginie Gastine Menou

RISQUES ET VOUS

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