« L’Ethique n’est plus une option »

 

L’éthique. Le mot est lâché. Il raisonne et interroge les consciences et leurs valeurs morales. L’éthique est l’objet de toutes les discussions. Elle génère ses nouveaux jobs. Observée, mesurée, discutée, promue, l’éthique reste indémodable, résiste avec le temps qui passe et s’impose avec une communauté qui en redessine régulièrement les contours, les pratiques comme les croyances. 

En réponse aux aspirations de vérité et d’authenticité des Français que la crise sanitaire a vraisemblablement renforcés, l’éthique s’impose comme une nouvelle religion aux acteurs privés et publics. Elle compte sa communauté d’évangélistes, ses croyants et pratiquants. La médiatisation des comportements déviants d’acteurs publics ou privés renforce la quête et la préservation des valeurs morales et soumet rapidement à la vindicte populaire les coupables d’hérésie. Autrefois donnés en pâture aux fauves, les hérétiques prennent le risque d’être rapidement exclus du jeu politique ou économique. La confidentialité qui protégeait jadis les transactions, relations et arrangements non vertueux commence à plier face à la vérité qui parvient à se faufiler. 

Ancienne ingénieure chef de produit chez Facebook, Frances Haugen a révélé les étonnantes études du géant américain et n’a pas hésité à lever le voile sur son identité. Comme elle, nombreux sont ceux qui osent rompre le silence et finissent par ne plus s’accommoder des errements de leurs entreprises. Un courage que le projet de loi du député du Bas-Rhin, Sylvain Waserman, devrait protéger davantage. Les lanceurs d’alerte sont des défenseurs du droit à l’information, à la vérité et indispensables au respect des normes éthiques dans le cadre du travail. Peut-être certains ne s’en sont pas encore aperçus, mais rien ne reste confidentiel longtemps. Dans un autre registre, les Pandora Papers révèlent l’ampleur de l’évasion fiscale mondiale et voient défiler les noms des personnalités qui ont usé de montages financiers Offshore

L’éthique s’invite et surgit avec ou sans rendez-vous. Dans votre foyer, les hôpitaux, les laboratoires de recherche, les banques, les industries jusqu’aux tours de la Défense en passant par les sièges feutrés de l’Assemblée nationale, du Sénat et de nos mairies et métropoles. L’éthique multiplie chaque jour assez facilement le nombre de ses croyants et force le nombre de ses pratiquants.

Face à cette émergence de vérité, il est fortement recommandé de se plonger dans la loi, son code de déontologie ou sa charte éthique, ces nouveaux recueils de prière qui forcent la démonstration des choses. L’éthique a son catéchisme. Les textes officiels et la loi, sont régulièrement commentés, décortiqués et expliqués pour parfaire l’instruction d’un monde économique, public et politique qui ne doit pas seulement en cultiver la foi mais en pratique aussi les vertus. Le rapport produit cet été par la mission parlementaire d’évaluation de la loi Sapin 2 porte 50 recommandations pour améliorer la transparence et la lutte contre la corruption. Si vous êtes responsable compliance & éthique, auditeur interne ou gestionnaire des risques, vous êtes invités à lire les 187 pages de ce rapport rédigé par Raphaël GAUVAIN et Olivier MARLEIX. 

L’éthique convertit chaque jour les entreprises et le monde des affaires. Les nouveaux évangélistes, les Compliance Officers, sont chargés d’anticiper, de détecter toutes formes diaboliques qui pourraient faire succomber à la tentation du business first. Nous le savons. Encore trop d’entreprises promeuvent l’éthique pour se donner bonne conscience comme une invitation du curé à la table du repas dominical qui permet de mieux supporter les écarts des jours de semaine. Celles et ceux qui n’ont pas respecté les règles fondamentales fileront, un jour ou l’autre, au purgatoire et devront faire pénitence. Les vertus de la confession, les conventions judiciaires d’intérêt public et leurs oboles apporteront à certains un début de purification. 

Nous devons croire en un mouvement sincère vers la vertu.  Les entreprises n’ont jamais été aussi promptes à promouvoir l’éthique. Ce qui est incontestable, c’est qu’elles prennent de l’avance sur un secteur public qui traîne encore des pieds et dont les acteurs peinent à prendre place sur les stalles de la compliance.

Régulièrement observés, surveillés et jugés sur leur capacité à appliquer les règles du catéchisme de l’éthique et de la morale, les élus ont toujours été en première ligne. L’exemplarité nécessaire des responsables publics doit participer à rétablir le lien de confiance avec les citoyens. Le crédit originel de moralité dont ils bénéficient au moment de leur élection fait désormais rapidement la place à une exigence de justifications, d’explications de la part de celles et ceux qui les ont désignés, mais pas seulement. Il est évident que les juges sont particulièrement sévères s’agissant de sanctionner les divagations des acteurs publics même lorsque ce sont les premières.  

L’éthique peut aussi compter sur les associations de lutte contre l’hérésie. Elles scrutent, identifient les faits de corruption ou de conflit d’intérêts. Elles poursuivent désormais les hérétiques et jettent la première pierre qui peut les conduire au purgatoire, en prison ou au port du bracelet électronique. Les acteurs publics sont tous prompts à clamer leur foi en l’éthique, à dénoncer lorsqu’elle fait défaut à leurs adversaires politiques. Rares sont celles et ceux qui acceptent de livrer les preuves d’une pratique assidue de ses vertus.  Un défaut de pratique de la catéchèse par les acteurs publics que confirment les autorités chargées de mesurer l’assimilation des règles et de les former. L’Agence Française Anticorruption faisait déjà ce constat en 2018 et le Rapport Gauvain le déplore encore, 3 ans après.

Les parlementaires ont déjà écrit la loi Sapin 3 et amorcent une démarche d’amélioration continue de règles qui ne sont pas encore assimilées, ni, à fortiori appliquées par les acteurs publics. Espérons que la perfection recherchée par le législateur n’apporte pas de l’eau au moulin de ceux qui dénoncent la complexité du système pour s’abstenir d’en appliquer les recommandations. 

Dans ce contexte, et plus que jamais, la communauté de la compliance a de beaux jours devant elle. Votre seule présence est déjà un signe. Même si certains d’entre vous devront régulièrement développer les bons arguments, convaincre pour obtenir les moyens d’agir, profitez du mouvement qui est en marche et qui légitime vos actions. L’éthique n’est plus une option.



p/o Virginie Gastine Menou

RISQUES ET VOUS

http://www.risquesetvous.fr/

https://www.linkedin.com/company/risques-et-vous

 

 

✍🏼 Proposer une offre de job : https://graces.community/recruteurs/

💈 Consulter les offres qui vous correspondent : https://job.graces.community/login

Publié le 6 octobre 2021 par

Virginie GASTINE MENOU

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L’éthique. Le mot est lâché. Il raisonne et interroge les consciences et leurs valeurs morales. L’éthique est l’objet de toutes les discussions. Elle génère ses nouveaux jobs. Observée, mesurée, discutée, promue, l’éthique reste indémodable, résiste avec le temps qui passe et s’impose avec une communauté qui en redessine régulièrement les contours, les pratiques comme les croyances. 

En réponse aux aspirations de vérité et d’authenticité des Français que la crise sanitaire a vraisemblablement renforcés, l’éthique s’impose comme une nouvelle religion aux acteurs privés et publics. Elle compte sa communauté d’évangélistes, ses croyants et pratiquants. La médiatisation des comportements déviants d’acteurs publics ou privés renforce la quête et la préservation des valeurs morales et soumet rapidement à la vindicte populaire les coupables d’hérésie. Autrefois donnés en pâture aux fauves, les hérétiques prennent le risque d’être rapidement exclus du jeu politique ou économique. La confidentialité qui protégeait jadis les transactions, relations et arrangements non vertueux commence à plier face à la vérité qui parvient à se faufiler. 

Ancienne ingénieure chef de produit chez Facebook, Frances Haugen a révélé les étonnantes études du géant américain et n’a pas hésité à lever le voile sur son identité. Comme elle, nombreux sont ceux qui osent rompre le silence et finissent par ne plus s’accommoder des errements de leurs entreprises. Un courage que le projet de loi du député du Bas-Rhin, Sylvain Waserman, devrait protéger davantage. Les lanceurs d’alerte sont des défenseurs du droit à l’information, à la vérité et indispensables au respect des normes éthiques dans le cadre du travail. Peut-être certains ne s’en sont pas encore aperçus, mais rien ne reste confidentiel longtemps. Dans un autre registre, les Pandora Papers révèlent l’ampleur de l’évasion fiscale mondiale et voient défiler les noms des personnalités qui ont usé de montages financiers Offshore

L’éthique s’invite et surgit avec ou sans rendez-vous. Dans votre foyer, les hôpitaux, les laboratoires de recherche, les banques, les industries jusqu’aux tours de la Défense en passant par les sièges feutrés de l’Assemblée nationale, du Sénat et de nos mairies et métropoles. L’éthique multiplie chaque jour assez facilement le nombre de ses croyants et force le nombre de ses pratiquants.

Face à cette émergence de vérité, il est fortement recommandé de se plonger dans la loi, son code de déontologie ou sa charte éthique, ces nouveaux recueils de prière qui forcent la démonstration des choses. L’éthique a son catéchisme. Les textes officiels et la loi, sont régulièrement commentés, décortiqués et expliqués pour parfaire l’instruction d’un monde économique, public et politique qui ne doit pas seulement en cultiver la foi mais en pratique aussi les vertus. Le rapport produit cet été par la mission parlementaire d’évaluation de la loi Sapin 2 porte 50 recommandations pour améliorer la transparence et la lutte contre la corruption. Si vous êtes responsable compliance & éthique, auditeur interne ou gestionnaire des risques, vous êtes invités à lire les 187 pages de ce rapport rédigé par Raphaël GAUVAIN et Olivier MARLEIX. 

L’éthique convertit chaque jour les entreprises et le monde des affaires. Les nouveaux évangélistes, les Compliance Officers, sont chargés d’anticiper, de détecter toutes formes diaboliques qui pourraient faire succomber à la tentation du business first. Nous le savons. Encore trop d’entreprises promeuvent l’éthique pour se donner bonne conscience comme une invitation du curé à la table du repas dominical qui permet de mieux supporter les écarts des jours de semaine. Celles et ceux qui n’ont pas respecté les règles fondamentales fileront, un jour ou l’autre, au purgatoire et devront faire pénitence. Les vertus de la confession, les conventions judiciaires d’intérêt public et leurs oboles apporteront à certains un début de purification. 

Nous devons croire en un mouvement sincère vers la vertu.  Les entreprises n’ont jamais été aussi promptes à promouvoir l’éthique. Ce qui est incontestable, c’est qu’elles prennent de l’avance sur un secteur public qui traîne encore des pieds et dont les acteurs peinent à prendre place sur les stalles de la compliance.

Régulièrement observés, surveillés et jugés sur leur capacité à appliquer les règles du catéchisme de l’éthique et de la morale, les élus ont toujours été en première ligne. L’exemplarité nécessaire des responsables publics doit participer à rétablir le lien de confiance avec les citoyens. Le crédit originel de moralité dont ils bénéficient au moment de leur élection fait désormais rapidement la place à une exigence de justifications, d’explications de la part de celles et ceux qui les ont désignés, mais pas seulement. Il est évident que les juges sont particulièrement sévères s’agissant de sanctionner les divagations des acteurs publics même lorsque ce sont les premières.  

L’éthique peut aussi compter sur les associations de lutte contre l’hérésie. Elles scrutent, identifient les faits de corruption ou de conflit d’intérêts. Elles poursuivent désormais les hérétiques et jettent la première pierre qui peut les conduire au purgatoire, en prison ou au port du bracelet électronique. Les acteurs publics sont tous prompts à clamer leur foi en l’éthique, à dénoncer lorsqu’elle fait défaut à leurs adversaires politiques. Rares sont celles et ceux qui acceptent de livrer les preuves d’une pratique assidue de ses vertus.  Un défaut de pratique de la catéchèse par les acteurs publics que confirment les autorités chargées de mesurer l’assimilation des règles et de les former. L’Agence Française Anticorruption faisait déjà ce constat en 2018 et le Rapport Gauvain le déplore encore, 3 ans après.

Les parlementaires ont déjà écrit la loi Sapin 3 et amorcent une démarche d’amélioration continue de règles qui ne sont pas encore assimilées, ni, à fortiori appliquées par les acteurs publics. Espérons que la perfection recherchée par le législateur n’apporte pas de l’eau au moulin de ceux qui dénoncent la complexité du système pour s’abstenir d’en appliquer les recommandations. 

Dans ce contexte, et plus que jamais, la communauté de la compliance a de beaux jours devant elle. Votre seule présence est déjà un signe. Même si certains d’entre vous devront régulièrement développer les bons arguments, convaincre pour obtenir les moyens d’agir, profitez du mouvement qui est en marche et qui légitime vos actions. L’éthique n’est plus une option.

p/o Virginie Gastine Menou

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