Veille réglementaire
Brexit : l'asymétrie persistante des priorités entre Londres et Bruxelles dix ans après
Institut Montaigne
Dix ans après le référendum du 23 juin 2016, marqué par un choix de sortie de l’Union européenne à 51,9 % des voix, le Brexit continue de structurer le débat politique britannique. Pourtant, son impact économique et géopolitique a profondément transformé les priorités des deux rives de la Manche.
Un bilan économique et migratoire en demi-teinte
Les promesses associées au Brexit, notamment en matière de reprise du contrôle des flux migratoires et de prospérité économique, se heurtent aujourd’hui à une réalité contrastée. Les études académiques récentes soulignent un affaiblissement structurel de l’économie britannique, avec des pertes de PIB estimées entre 6 % et 8 % sur la période 2016-2025, une baisse de l’investissement de 12 % à 13 % et une productivité en recul de 3 % à 4 %. Ces constats, longtemps contestés, s’imposent désormais comme des références dans le débat public.
Sur le plan migratoire, l’objectif affiché de maîtrise des frontières n’a pas été atteint. Les traversées irrégulières de la Manche ont atteint des niveaux records, tandis que l’immigration nette a atteint des sommets, notamment en provenance de pays hors de l’UE, avec plus de 672 000 arrivées sur la période 2022-2023.
Un retour en force du Brexit dans l’agenda politique britannique
Plusieurs facteurs expliquent le regain d’intérêt pour la relation avec l’UE au Royaume-Uni. D’abord, l’échec des promesses économiques et migratoires a érodé la légitimité du Brexit. Ensuite, la crise politique interne au parti travailliste, marquée par des démissions symboliques, a replacé la question européenne au cœur des tensions partisanes. Enfin, les sondages révèlent une évolution de l’opinion publique : 55 % des Britanniques se déclarent désormais favorables à un retour dans l’UE, dont 23 % parmi les anciens électeurs du Leave.
Cependant, cette dynamique se heurte à la réalité électorale. Dans des régions ayant massivement voté pour la sortie en 2016, comme le Nord-Ouest de l’Angleterre, les positions pro-européennes restent minoritaires. La montée en puissance du parti Reform UK, héritier des thèses souverainistes, rappelle les risques politiques d’un revirement sur le Brexit.
L’UE, un partenaire relégué au second plan
Sur le continent, le Brexit n’est plus une priorité. Depuis 2022, l’agenda européen est dominé par des enjeux stratégiques majeurs : la guerre en Ukraine, la compétitivité face aux États-Unis et à la Chine, ou encore la refonte du marché unique. Dans ce contexte, le Royaume-Uni n’occupe plus la place centrale qu’il avait durant les négociations de 2016.
Seule la dimension sécuritaire fait exception. Le Royaume-Uni reste un acteur clé de la défense européenne, notamment via son soutien militaire à l’Ukraine et son rôle au sein de l’OTAN. Cette coopération, formalisée lors du sommet UE-Royaume-Uni de mai 2025, illustre la persistance de liens stratégiques malgré les divergences politiques.
Un rapprochement possible, mais sous conditions
Les deux parties partagent désormais un intérêt objectif à un rapprochement, mais les obstacles restent nombreux. À Londres, le coût politique d’une remise en cause du Brexit reste élevé, tandis qu’à Bruxelles, la priorité est donnée à la consolidation des politiques européennes. La question d’un éventuel retour du Royaume-Uni dans l’UE, bien que soutenue par une partie de l’opinion, se heurte à des réalités institutionnelles et politiques complexes.
Dans l’attente d’une clarification, le paradoxe persiste : le Royaume-Uni cherche à renouer avec l’UE, mais les deux parties peinent à trouver un langage commun pour y parvenir.
Source : Institut Montaigne
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