Veille réglementaire
Crise politique en France : fonctionnement institutionnel et scénarios de sortie de crise
Observatoire ethique publique
La démission du Premier ministre Sébastien Lecornu, intervenue le 6 octobre, a replongé la France dans une période d’instabilité institutionnelle. Cette situation, bien que inédite dans sa forme actuelle, s’inscrit dans le cadre des mécanismes prévus par la Constitution et les usages républicains pour assurer la continuité de l’État.
Gouvernement démissionnaire : rôle et limites
Lorsqu’un Premier ministre démissionne, son gouvernement assure la gestion des affaires courantes jusqu’à la nomination d’une nouvelle équipe. Les ministres démissionnaires, bien que maintenus en fonction, ne peuvent engager de réformes ou créer de nouveaux droits et devoirs pour la population. Leur action se limite aux actes administratifs politiquement neutres, tels que l’instruction de demandes d’agrément d’associations. Toutefois, ils conservent la possibilité d’intervenir en cas d’urgence, notamment pour répondre à une crise sanitaire ou à un attentat.
Dans le cas présent, les ministres démissionnaires du gouvernement de François Bayrou, bien que n’ayant exercé leurs fonctions que brièvement, assurent l’intérim aux côtés de Sébastien Lecornu. Certains portefeuilles ministériels, non couverts par le nouveau gouvernement, sont temporairement gérés par les ministères de tutelle respectifs. Bruno Le Maire, quant à lui, a demandé à être déchargé des affaires courantes, laissant à Lecornu la gestion directe du ministère des Armées.
Nomination d’un nouveau Premier ministre : enjeux et contraintes
La désignation d’un nouveau Premier ministre relève exclusivement du Président de la République. Aucune contrainte de délai ne s’impose à lui, et il peut, en théorie, choisir n’importe quelle personnalité, y compris reconduire Sébastien Lecornu contre son gré. En pratique, il est probable qu’il opte pour une personnalité susceptible de recueillir un consensus, afin d’éviter une nouvelle démission expresse ou un renversement rapide par l’Assemblée nationale.
Les tensions persistantes entre la Macronie et la droite rendent incertain le choix d’un chef de gouvernement issu des Républicains (LR). Le Président pourrait également se tourner vers la gauche ou le Rassemblement national (RN), bien que ces blocs, minoritaires, devraient négocier des alliances pour éviter un renversement immédiat. Une nomination de Marine Le Pen, bien que théoriquement possible malgré son inéligibilité prononcée en mars, semble peu probable dans l’immédiat. Une autre option consisterait à faire appel à une personnalité apolitique, chargée de former un gouvernement technique pour gérer les urgences en attendant une solution plus pérenne.
Dissolution de l’Assemblée nationale : une issue envisageable ?
En cas de blocage persistant au Parlement, une dissolution de l’Assemblée nationale pourrait être envisagée. Juridiquement, cette option est possible, le délai constitutionnel étant respecté depuis les dernières élections législatives de juin et juillet 2024. Cependant, son opportunité politique reste limitée, compte tenu des risques liés à une possible victoire du RN. Le Président pourrait ainsi préférer explorer d’autres voies avant de recourir à cette « arme présidentielle ».
Démission ou destitution du Président : des scénarios improbables
Plusieurs responsables politiques, notamment issus de La France insoumise (LFI), du RN ou de la droite, appellent le Président à démissionner pour provoquer une élection présidentielle anticipée. Emmanuel Macron a cependant réaffirmé son intention de poursuivre son mandat jusqu’en 2027. LFI, qui milite depuis plus d’un an pour son départ, n’a pas encore réussi à le contraindre à cette issue.
Source : Observatoire ethique publique
Source : Observatoire ethique publique ↗
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