Le 12 mars 2025, les autorités lituaniennes ont infligé une amende historique de 8,4 millions d'euros à Olympic Casino Group Baltija, filiale du groupe estonien Olympic Entertainment Group, pour de graves manquements à ses obligations en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme (LCB-FT). Cette sanction, la plus importante jamais imposée dans le secteur des jeux d'argent en Lituanie, souligne l'attention croissante des régulateurs européens sur les risques de blanchiment dans l'industrie du jeu.
La Banque de Lituanie (Lietuvos Bankas), en collaboration avec le Service d'investigation des crimes financiers (FNTT), a mené une enquête approfondie sur les pratiques d'Olympic Casino, révélant des défaillances systémiques dans son dispositif de conformité LCB-FT. L'enquête a mis en lumière plusieurs infractions graves à la 5ème directive anti-blanchiment de l'Union européenne (AMLD5) et à la législation nationale lituanienne.
Selon le communiqué officiel des autorités, Olympic Casino a notamment failli dans :
- L'identification et la vérification adéquate de l'identité des clients
- La surveillance des transactions suspectes
- La mise en œuvre de mesures de vigilance renforcées pour les clients à haut risque
- La conservation appropriée des documents et informations
- La formation du personnel aux exigences LCB-FT
- Le signalement des opérations suspectes aux autorités compétentes
L'enquête a révélé que ces manquements n'étaient pas des incidents isolés mais reflétaient des déficiences structurelles dans le système de conformité de l'entreprise sur une période prolongée.
Dans un communiqué publié peu après l'annonce de la sanction, Olympic Casino Group Baltija a déclaré prendre cette affaire « très au sérieux » et a annoncé son intention de faire appel de la décision, estimant le montant de l'amende disproportionné par rapport aux infractions constatées.
La société a également indiqué avoir déjà entrepris une refonte complète de son dispositif de conformité, notamment par :
- Le recrutement d'un nouveau responsable de la conformité avec une expérience significative dans le secteur bancaire
- L'augmentation substantielle du budget alloué au département conformité
- La mise en place de nouveaux systèmes automatisés de détection des transactions suspectes
- Un programme de formation renforcé pour l'ensemble du personnel
- La révision complète des procédures d'identification et de connaissance client (KYC)
Cette sanction intervient dans un contexte difficile pour Olympic Entertainment Group, qui a déjà fait face à des défis importants liés à la pandémie de COVID-19 et à l'intensification de la concurrence des opérateurs de jeux en ligne. L'action du groupe a chuté de plus de 7% à la Bourse de Tallinn suite à l'annonce de cette amende.
Cette sanction s'inscrit dans une tendance plus large de renforcement de la surveillance réglementaire du secteur des jeux d'argent à travers l'Europe. Les casinos et autres établissements de jeux sont de plus en plus considérés comme des cibles potentielles pour le blanchiment d'argent en raison de la nature de leurs opérations impliquant d'importantes sommes en espèces.
La 5ème directive anti-blanchiment de l'UE, entrée pleinement en vigueur en janvier 2020, a spécifiquement renforcé les obligations des opérateurs de jeux d'argent, les plaçant au même niveau d'exigence que les institutions financières traditionnelles en matière de LCB-FT.
Plusieurs autres sanctions notables ont été imposées récemment dans ce secteur à travers l'Europe :
- Au Royaume-Uni, la Commission des jeux (Gambling Commission) a infligé une amende de 13 millions de livres sterling à Caesars Entertainment en 2023 pour des manquements similaires
- En Suède, l'autorité de régulation des jeux (Spelinspektionen) a sanctionné plusieurs opérateurs pour un total de plus de 100 millions de couronnes suédoises en 2024
- Aux Pays-Bas, l'autorité des jeux de hasard (Kansspelautoriteit) a imposé une amende de 4 millions d'euros à un opérateur de casino en ligne en février 2025
Ces sanctions reflètent une approche de plus en plus stricte des régulateurs européens, qui considèrent désormais le secteur des jeux comme un maillon potentiellement vulnérable dans la chaîne de la lutte contre le blanchiment d'argent.
L'industrie du jeu présente des vulnérabilités particulières en matière de blanchiment d'argent qui expliquent l'attention accrue des régulateurs. Ces risques comprennent :
1. Manipulation des mises et des gains : Les criminels peuvent acheter des jetons avec de l'argent illicite, jouer minimalement, puis encaisser les jetons en prétendant qu'il s'agit de gains légitimes.
2. Structuration des transactions : Division des grosses sommes en montants plus petits pour éviter les seuils de déclaration obligatoire.
3. Utilisation de prête-noms : Recours à des tiers pour placer des mises ou réclamer des gains afin de dissimuler l'identité du véritable propriétaire des fonds.
4. Mélange de fonds légitimes et illégitimes : Les casinos traitent d'importants volumes de transactions en espèces, ce qui facilite le mélange de fonds d'origine criminelle avec des fonds légitimes.
5. Transferts internationaux : Les groupes de casinos opérant dans plusieurs juridictions peuvent faciliter le déplacement de fonds à travers les frontières.
6. Jeux en ligne : L'anonymat relatif et la nature transfrontalière des plateformes de jeux en ligne créent des défis supplémentaires pour la détection du blanchiment d'argent.
Ces caractéristiques font des établissements de jeux des cibles attractives pour les criminels cherchant à blanchir des fonds d'origine illicite, d'où l'importance d'une vigilance accrue et de systèmes de conformité robustes.
Cette sanction record envoie un signal fort à l'ensemble de l'industrie du jeu en Europe. Les opérateurs de casinos, qu'ils soient physiques ou en ligne, doivent désormais considérer la conformité LCB-FT non plus comme une simple obligation réglementaire mais comme un élément stratégique de leur activité.
Les experts du secteur recommandent aux opérateurs de jeux d'argent de :
- Réaliser des évaluations régulières des risques spécifiques à leur activité
- Investir dans des technologies avancées de détection des comportements suspects
- Renforcer la formation du personnel de première ligne, particulièrement les croupiers et les caissiers
- Mettre en place des procédures robustes de connaissance client adaptées aux spécificités du secteur
- Collaborer proactivement avec les autorités de régulation et les cellules de renseignement financier
- Participer aux initiatives sectorielles de partage d'informations sur les typologies de blanchiment
Les associations professionnelles du secteur, comme l'European Casino Association (ECA), ont également souligné l'importance d'une approche collaborative entre les opérateurs et les régulateurs pour développer des standards efficaces de lutte contre le blanchiment adaptés aux spécificités du secteur des jeux.
Mindaugas Šalčius, directeur du Service d'investigation des crimes financiers lituanien (FNTT), a déclaré que cette sanction « démontre la détermination des autorités lituaniennes à faire respecter les normes les plus strictes en matière de lutte contre le blanchiment d'argent dans tous les secteurs de l'économie, y compris celui des jeux d'argent ».
Il a ajouté que « les opérateurs de jeux doivent comprendre qu'ils sont en première ligne de la lutte contre la criminalité financière et que leurs responsabilités vont bien au-delà de la simple offre de divertissement à leurs clients ».
De son côté, Gediminas Šimkus, gouverneur de la Banque de Lituanie, a souligné que « cette décision s'inscrit dans notre stratégie plus large visant à renforcer l'intégrité du système financier lituanien et à protéger notre économie contre les flux financiers illicites ».
Les autorités lituaniennes ont également annoncé leur intention d'intensifier leurs contrôles sur l'ensemble du secteur des jeux dans les mois à venir, avec une attention particulière sur les opérateurs en ligne qui connaissent une croissance rapide dans le pays.
Cette sanction intervient alors que l'Union européenne continue de renforcer son arsenal législatif contre le blanchiment d'argent. Le paquet législatif anti-blanchiment (AML Package) proposé par la Commission européenne en juillet 2021 et actuellement en cours d'adoption prévoit notamment :
- La création d'une nouvelle Autorité européenne de lutte contre le blanchiment d'argent (AMLA)
- Un règlement unique directement applicable dans tous les États membres
- Des exigences renforcées pour les secteurs à haut risque, dont les jeux d'argent
- Une harmonisation accrue des pratiques de supervision à travers l'UE
- Des mécanismes renforcés de coopération entre les cellules de renseignement financier
Ces évolutions réglementaires devraient conduire à une standardisation des exigences et des pratiques de supervision à travers l'Europe, limitant les possibilités d'arbitrage réglementaire pour les opérateurs transfrontaliers.
Par ailleurs, le Groupe d'action financière (GAFI) a récemment mis à jour ses recommandations concernant le secteur des jeux d'argent, soulignant la nécessité d'une approche basée sur les risques et d'une vigilance particulière pour les transactions de grande valeur.
Au-delà des conséquences financières immédiates pour Olympic Casino, cette sanction soulève des questions plus larges sur la réputation de l'industrie du jeu et sa capacité à s'autoréguler efficacement.
Les analystes du secteur notent que les opérateurs de jeux font face à un défi particulier : concilier l'expérience client, qui valorise la discrétion et la fluidité, avec les exigences réglementaires qui imposent des contrôles rigoureux et potentiellement intrusifs.
Cette tension est particulièrement visible dans les établissements de luxe qui ciblent une clientèle fortunée et internationale, souvent habituée à un haut niveau de service personnalisé et de confidentialité.
Cependant, l'évolution des attentes sociétales et la pression réglementaire croissante poussent le secteur à repenser ses pratiques. Les opérateurs les plus avant-gardistes développent désormais des approches innovantes qui intègrent les exigences de conformité dans l'expérience client, par exemple :
- Utilisation de la biométrie pour simplifier l'identification des clients réguliers
- Intégration des contrôles de conformité dans les programmes de fidélité
- Développement d'applications mobiles permettant une vérification préalable avant l'arrivée au casino
- Formation du personnel à détecter les comportements suspects tout en maintenant un service de qualité
Ces innovations suggèrent que la conformité, loin d'être simplement un coût ou une contrainte, peut devenir un élément différenciateur pour les opérateurs qui l'intègrent efficacement dans leur modèle d'affaires.
- Réalisez un audit complet de votre dispositif LCB-FT spécifique au secteur des jeux d'argent, en portant une attention particulière aux mécanismes de détection des transactions fractionnées et aux procédures de vérification de l'origine des fonds pour les joueurs à haut risque
- Mettez en place un programme de formation renforcé pour le personnel de première ligne (croupiers, caissiers, personnel d'accueil) avec des scénarios pratiques adaptés aux typologies de blanchiment spécifiques au secteur des casinos
- Investissez dans des solutions technologiques permettant une surveillance en temps réel des comportements suspects, notamment les systèmes de reconnaissance faciale pour identifier les joueurs à risque et les logiciels d'analyse comportementale pour détecter les schémas de jeu anormaux
- Établissez un cadre de gouvernance clair avec une implication directe de la direction générale dans la supervision du dispositif LCB-FT, incluant des reportings réguliers sur les indicateurs clés de performance et les incidents
- Développez une approche collaborative avec les autres acteurs du secteur et les autorités de régulation, notamment en participant activement aux groupes de travail sectoriels et en partageant les informations sur les nouvelles typologies de blanchiment identifiées
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