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1965 : la première élection présidentielle au suffrage universel direct en France
Institut Montaigne
En 1965, la France organise pour la première fois l’élection de son président de la République au suffrage universel direct, une réforme institutionnelle adoptée par référendum trois ans plus tôt. Ce scrutin marque un tournant dans l’histoire politique du pays, redéfinissant les rapports de force entre les institutions et les citoyens.
Un contexte politique et institutionnel inédit
La Ve République, âgée de sept ans, s’apprête à tester un nouveau mode de désignation de son chef de l’État. Après la fin de la guerre d’Algérie en 1962, le général de Gaulle propose une réforme constitutionnelle soumise à référendum. Malgré une opposition virulente, notamment au sein du « cartel des non », les Français approuvent massivement le principe de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, avec 61,7 % de « Oui » le 28 octobre 1962.
Trois ans plus tard, le 5 décembre 1965, les électeurs sont convoqués pour élire leur président. Six candidats, réunissant au moins cent parrainages d’élus, se présentent à leurs suffrages. Parmi eux, des figures politiques aux profils contrastés : Marcel Barbu, inconnu du grand public, Pierre Marcilhacy, sénateur de droite modérée, Jean-Louis Tixier-Vignancour, représentant l’extrême droite, Jean Lecanuet, porteur des sensibilités centristes, et François Mitterrand, candidat des gauches unifiées.
Une campagne électorale innovante et médiatisée
Cette élection présidentielle se distingue par son caractère novateur. Pour la première fois, la télévision et les sondages jouent un rôle central dans la campagne. Jean Lecanuet, surnommé le « Kennedy français », incarne une nouvelle forme de communication politique, tandis que François Mitterrand émerge comme le leader incontesté des gauches, malgré les divisions internes de son camp.
Le général de Gaulle, favori malgré lui, tarde à s’engager pleinement dans la campagne. Convaincu de sa victoire, il ne se déclare officiellement que le 4 novembre, à un mois du premier tour. Son discours, marqué par une dramatisation des enjeux, contraste avec son attitude distante et son mépris affiché pour ses adversaires.
Un scrutin historique et ses conséquences
Le soir du 5 décembre, les résultats surprennent les observateurs : de Gaulle, crédité de 43,7 % des suffrages, est mis en ballotage par François Mitterrand, qui obtient 32,2 %. Jean Lecanuet réalise une performance notable avec 15,8 %, tandis que les autres candidats peinent à dépasser les 6 %. Le second tour, marqué par une participation record de 84,6 %, consacre la victoire de de Gaulle avec 54,5 % des voix.
Cette élection présidentielle au suffrage universel direct marque un tournant dans l’histoire de la République. Elle consacre la légitimité directe du président, renforce le pouvoir exécutif et redéfinit les équilibres politiques. Les Français, séduits par ce nouveau mode de scrutin, participent massivement, avec une abstention limitée à 14,9 % au premier tour et 15,4 % au second.
Les enseignements d’une campagne pionnière
Cette première élection présidentielle au suffrage universel direct révèle plusieurs dynamiques politiques et médiatiques. La télévision, nouvel outil de communication, et les sondages, instruments d’analyse de l’opinion, deviennent des éléments centraux des campagnes électorales. Les candidats structurent leurs discours autour de thèmes précis : indépendance nationale pour de Gaulle, justice sociale pour Mitterrand, et Europe pour Lecanuet.
Cette élection consacre également l’émergence de nouvelles figures politiques, capables de mobiliser l’électorat au-delà des clivages traditionnels. Elle préfigure les transformations futures du paysage politique français, où le suffrage universel direct deviendra un pilier de la démocratie.
Source : Institut Montaigne
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