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Devoir de Vigilance Climatique : Décryptage de la Décision Clé

Responsabilités · 06/07/2026

Focus — Devoir de Vigilance Climatique : Décryptage de la Décision Clé du 25 juin 2026



Le 25 juin 2026, le Tribunal Judiciaire de Paris a rendu une décision historique, marquant un tournant majeur pour la responsabilité des entreprises en matière climatique. Dans une affaire opposant plusieurs ONG à une multinationale du secteur de l'énergie, les juges ont pour la première fois explicitement intégré les enjeux climatiques au cœur du devoir de vigilance, créant de facto une obligation de 'vigilance climatique' contraignante. Cette décision, bien qu'attendue par de nombreux observateurs, vient cristalliser des années de débats sur la portée de la loi de 2017.


Pour les directions de la conformité et des risques, l'onde de choc est immédiate. Il ne s'agit plus d'évaluer un risque réputationnel ou de publier des rapports extra-financiers, mais bien de faire face à un risque juridique direct, engageant la responsabilité civile de l'entreprise en cas de manquement. L'enjeu principal est clair : le plan de vigilance doit désormais intégrer une trajectoire de décarbonation crédible et vérifiable, sous peine de sanction judiciaire.


💡 Sujet/Concept clé : de quoi parle-t-on ?



La loi n° 2017-399 du 27 mars 2017 relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d'ordre a instauré une obligation pionnière en France. Elle contraint les plus grandes entreprises françaises (plus de 5 000 salariés en France ou 10 000 dans le monde) à établir, publier et mettre en œuvre un plan de vigilance. Ce plan vise à identifier les risques et à prévenir les atteintes graves envers les droits humains et les libertés fondamentales, la santé et la sécurité des personnes ainsi que l'environnement, résultant de leurs activités et de celles de leurs filiales, sous-traitants ou fournisseurs.


Historiquement, le volet 'environnemental' de la loi est resté sujet à interprétation, notamment sur la question de son application aux changements climatiques. Si les dommages environnementaux directs (pollution des sols, déforestation) étaient clairement visés, l'inclusion des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de l'alignement avec l'Accord de Paris restait une zone grise. Cette décision du 25 juin 2026 vient combler ce vide juridique, en considérant que le risque climatique constitue une atteinte grave potentielle à l'environnement et aux droits humains, et doit donc être traité avec la même rigueur que les autres risques visés par la loi.


La base légale et réglementaire



Le dispositif repose sur les articles L. 225-102-4 et L. 225-102-5 du Code de commerce. L'article L. 225-102-4 impose l'élaboration d'un plan de vigilance comportant cinq mesures clés : une cartographie des risques pour leur identification, analyse et hiérarchisation ; des procédures d'évaluation régulière de la situation des filiales, sous-traitants ou fournisseurs ; des actions adaptées d'atténuation des risques ou de prévention des atteintes graves ; un mécanisme d'alerte et de recueil des signalements ; et un dispositif de suivi des mesures mises en œuvre et d'évaluation de leur efficacité.


L'esprit du texte est préventif : il s'agit de passer d'une logique de réparation à une logique d'anticipation des dommages. La sanction, prévue à l'article L. 225-102-5, est double. D'une part, toute personne justifiant d'un intérêt à agir peut mettre en demeure la société de respecter ses obligations. Si la mise en demeure reste sans effet pendant trois mois, la juridiction compétente peut lui enjoindre, sous astreinte, de se conformer. D'autre part, et c'est le point le plus critique, la loi engage la responsabilité civile de l'entreprise pour réparer le préjudice que l'exécution des mesures de vigilance aurait permis d'éviter. C'est sur ce fondement que la décision du 25 juin 2026 a été rendue, ouvrant la voie à des actions en réparation pour 'préjudice climatique'.


Décryptage de la décision du 25 juin 2026 : une nouvelle ère pour la compliance ESG



Au cœur de cette affaire se trouvait le plan de vigilance d'un acteur majeur de l'énergie, jugé insuffisant par les associations requérantes. Le tribunal ne s'est pas contenté d'analyser la forme du plan, mais a procédé à un contrôle de fond sur sa substance et sa crédibilité. Les juges ont estimé que la stratégie climatique de l'entreprise, bien que communiquée publiquement, n'était pas suffisamment traduite en actions concrètes et mesurables au sein du plan de vigilance pour prévenir les risques d'atteintes graves à l'environnement.


Le raisonnement du tribunal est limpide : ne pas se doter d'un plan de transition aligné avec les objectifs de l'Accord de Paris constitue en soi un manquement au devoir de vigilance. Les magistrats ont considéré que les émissions massives de GES de l'entreprise et de sa chaîne de valeur contribuaient directement à des risques d'atteintes graves, et que le plan de vigilance ne contenait pas de mesures 'adaptées' pour les atténuer. La simple mention de 'risques climatiques' dans la cartographie, sans plan d'action chiffré et assorti d'un calendrier précis, a été jugée comme un manquement caractérisé.


Cette décision établit un précédent majeur en transformant les engagements climatiques volontaires (soft law) en obligations juridiques contraignantes (hard law) via le prisme du devoir de vigilance. Le fardeau de la preuve est désormais clairement sur l'entreprise, qui doit démontrer que son plan est non seulement existant mais aussi 'raisonnable' et 'efficace' pour mitiger son impact climatique. Cela met fin à l'ère du 'greenwashing' dans les rapports de vigilance.


L'impact de cette jurisprudence sera probablement amplifié par l'entrée en vigueur progressive de la directive européenne sur le devoir de vigilance en matière de durabilité (CSDDD), qui contient elle-même des dispositions explicites sur l'obligation pour les entreprises d'adopter et de mettre en œuvre un plan de transition climatique. La décision française préfigure donc ce que sera la norme au niveau européen, renforçant la pression sur toutes les grandes entreprises opérant sur le marché unique.


Ce que ça change opérationnellement (Plan d'action)



Pour les Compliance Officers, cette décision impose une revue immédiate et approfondie des dispositifs en place. Voici un plan d'action en 5 étapes :


  • Refonte de la cartographie des risques de vigilance : Le risque climatique ne peut plus être une simple ligne dans la catégorie 'Environnement'. Il doit être traité comme un risque majeur, distinct, et décliné en sous-risques (risques de transition, risques physiques, risques de contentieux). L'analyse doit couvrir l'ensemble de la chaîne de valeur (Scope 1, 2 et 3) et être quantifiée autant que possible.


  • Audit et intégration du plan de transition : Le plan de transition climatique de l'entreprise doit être audité pour vérifier sa crédibilité et son alignement avec les objectifs scientifiques. Il doit ensuite être formellement intégré au plan de vigilance, avec des actions, des KPIs, des budgets et des responsabilités claires. Il ne s'agit plus d'un document de la direction RSE, mais d'un pilier du dispositif de conformité.


  • Renforcement de la due diligence fournisseurs : La vigilance climatique impose d'étendre les procédures d'évaluation aux fournisseurs et sous-traitants stratégiques sur la base de leur propre performance climatique. Cela implique de mettre à jour les questionnaires de due diligence, d'intégrer des clauses climatiques dans les contrats et de prévoir des plans d'actions correctives, voire un désengagement pour les partenaires les plus à risque.


  • Mise à jour du mécanisme d'alerte et du reporting : Le dispositif de recueil des signalements doit être adapté pour traiter spécifiquement les alertes relatives à des manquements aux engagements climatiques ou à des projets ayant un impact climatique majeur. Le reporting au Conseil d'Administration doit désormais inclure des indicateurs précis sur le suivi du plan de vigilance climatique.


  • Formation du Comex et du Conseil d'Administration : Il est crucial d'organiser des sessions de formation pour les instances dirigeantes afin de les sensibiliser à la nature juridique et financière du risque de vigilance climatique. La responsabilité de l'entreprise étant engagée, l'implication et la supervision du plus haut niveau sont indispensables pour garantir l'effectivité des mesures prises.



Sources :


  • 📎 Acast — Responsabilités : Climat et vigilance : que dit la justice française ?

Source : Responsabilités

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