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Interview

L'élargissement de l'UE : un outil géopolitique en mutation

Institut Montaigne

L’élargissement de l’Union européenne (UE) s’impose aujourd’hui comme un sujet central, marqué par une inflexion géopolitique majeure. Les propositions se multiplient, qu’il s’agisse d’une intégration progressive ou de la création d’un statut de « membre associé » sans droit de vote pour l’Ukraine. Cette évolution interroge : l’adhésion à l’UE est-elle en train de se muer en un instrument de politique étrangère, voire en un rempart face à la Russie ?

Une rupture avec la logique technocratique

Historiquement, l’élargissement européen reposait sur une approche technocratique, centrée sur l’exportation d’un modèle ouest-européen. Après la chute de l’URSS, les pays d’Europe centrale aspiraient aux libertés politiques et démocratiques, tandis que Bruxelles privilégiait une logique d’adhésion fondée sur des critères techniques. Cette dynamique, déjà ralentie avant 2022, s’est figée après le Conseil européen de Thessalonique en 2003, où les Balkans occidentaux avaient reçu l’assurance d’une future intégration. Seule la Croatie a concrétisé cette promesse en 2013.

Les réticences étaient alors partagées : à Bruxelles, on craignait l’alourdissement des procédures décisionnelles et la défiance des opinions publiques face à un nouvel État membre. Du côté des candidats, l’élargissement était perçu comme une épreuve sans fin, où les règles du jeu semblaient régulièrement modifiées, augmentant la complexité réglementaire.

2022 : un tournant sécuritaire

L’invasion de l’Ukraine en 2022 a bouleversé cette donne. Le Partenariat oriental, lancé en 2009 pour l’Europe orientale et le Caucase du Sud, a pris une nouvelle dimension. L’Ukraine et la Moldavie sont désormais perçues comme des partenaires stratégiques, non seulement pour leur ancrage démocratique, mais aussi pour leur rôle dans la stabilité régionale. La Moldavie, en accueillant près de 140 000 réfugiés ukrainiens, illustre cette solidarité. Un sommet UE-Moldavie s’est tenu le 22 juin 2026, après celui du 5 juin avec les Balkans occidentaux à Tivat (Monténégro).

Le sommet de Tivat a réaffirmé l’engagement de l’UE en faveur de l’élargissement, tout en insistant sur des enjeux socio-économiques concrets. La suppression des frais d’itinérance téléphonique dans l’espace européen en est un exemple tangible. La lutte contre les ingérences et les menaces cyber a également été évoquée, reflétant une approche plus globale.

Des attentes divergentes entre élites et opinions publiques

Les attentes des candidats à l’adhésion varient selon les acteurs. Pour les opinions publiques, les bénéfices socio-économiques priment souvent sur les considérations sécuritaires. L’UE est perçue comme un vecteur de prospérité et de stabilité démocratique, même si cette perception diffère selon les pays. En Moldavie et en Ukraine, la menace russe est clairement identifiée, tandis que d’autres, comme la Serbie, entretiennent une relation plus nuancée avec Moscou.

Les élites, en revanche, intègrent pleinement les exigences sécuritaires de Bruxelles. La Commission européenne, sous la présidence d’Ursula von der Leyen, cherche à renforcer son autonomie vis-à-vis des États membres en mettant l’accent sur les questions militaires et la sécurité. Les pays candidats, conscients de cette stratégie, mettent en avant leur contribution à la stabilité régionale pour obtenir le soutien de la Commission.

Cette divergence entre élites et opinions publiques révèle un paradoxe : l’UE, censée être un rempart contre l’illibéralisme, a vu la Hongrie, membre depuis 2004, dériver vers des pratiques autoritaires. Par ailleurs, une frange conservatrice, inspirée par des courants comme le MAGA, perçoit l’adhésion à l’UE comme une menace pour la démocratie, au nom d’une vision restrictive des libertés individuelles.

Source : Institut Montaigne

Source : Institut Montaigne

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