GRACES.community
← Média

Veille réglementaire

Protection des mineurs en ligne : le Conseil constitutionnel encadre les restrictions d'accès aux réseaux sociaux

Lexing

Le Conseil constitutionnel français a rendu une décision majeure concernant l’accès des mineurs aux réseaux sociaux, établissant des principes directeurs pour les législateurs nationaux et européens. Si l’objectif de protection de l’intérêt supérieur de l’enfant est reconnu comme légitime, la censure du dispositif français souligne l’exigence d’une réglementation ciblée, proportionnée et assortie de garanties suffisantes.

Une validation de principe assortie de contraintes strictes

Dans sa décision, le Conseil constitutionnel ne remet pas en cause la légitimité de l’objectif poursuivi : protéger les mineurs en limitant leur accès à certains services numériques. Cependant, il rappelle que toute restriction aux libertés fondamentales doit être justifiée par la nécessité, l’adaptation aux risques identifiés et l’accompagnement de garanties proportionnées. Plus la mesure est générale, plus le législateur doit démontrer sa nécessité et sa proportionnalité.

Vers une régulation fondée sur les risques plutôt qu’une interdiction générale

La décision marque un tournant vers une approche différenciée, privilégiant une régulation adaptée aux fonctionnalités des plateformes et aux risques spécifiques qu’elles présentent. Le Conseil constitutionnel reproche au texte français son manque de précision, notamment en ne tenant pas suffisamment compte des mécanismes de protection existants ni des spécificités des services concernés. Le futur cadre juridique devra distinguer selon :

  • l’âge et le degré de maturité des mineurs ;
  • la nature du service et ses fonctionnalités ;
  • les risques effectivement identifiés ;
  • les dispositifs de protection déjà en place.

Cette logique s’aligne sur les orientations européennes, notamment celles de la Commission dans le cadre du Digital Services Act (DSA), qui privilégie une approche fondée sur les risques plutôt qu’une interdiction uniforme.

Vérification de l’âge : un équilibre délicat entre protection et respect des données

La vérification de l’âge constitue un enjeu central, mais elle soulève des questions complexes en matière de protection des données personnelles. Une obligation généralisée de contrôle pourrait conduire à une collecte massive d’informations, y compris pour les adultes, et à des risques de détournement des données. Pour être juridiquement solide, un tel dispositif doit intégrer des garanties fortes :

  • minimisation des données collectées ;
  • limitation des finalités et séparation entre identité et preuve d’âge ;
  • durée de conservation strictement encadrée ;
  • sécurité et exactitude des mécanismes ;
  • contrôle indépendant et possibilité de recours.

Le Comité européen de la protection des données recommande une approche proportionnée, privilégiant une logique de non-conservation des données une fois la vérification effectuée. Une solution alternative consiste à confier la vérification à un tiers, qui ne transmet à la plateforme que l’information relative au seuil d’âge, sans révéler l’identité ou l’âge exact de l’utilisateur.

Intelligence artificielle et estimation de l’âge : des solutions partielles

L’utilisation de systèmes d’intelligence artificielle pour estimer l’âge peut réduire le recours aux pièces d’identité, mais elle ne supprime pas les risques juridiques. Les enjeux d’exactitude, de biais, de discrimination ou de traitement de données biométriques doivent être pris en compte. Une solution alternative et un recours effectif sont indispensables en cas d’estimation erronée. Les lignes directrices européennes distinguent ainsi la vérification de l’âge, réservée aux situations les plus sensibles, de simples mécanismes d’estimation adaptés à d’autres contextes.

Réguler les fonctionnalités plutôt que les applications

Une autre piste envisagée consiste à cibler directement les fonctionnalités susceptibles d’amplifier les risques, plutôt que d’interdire l’accès à une application dans son ensemble. Des mesures spécifiques pourraient ainsi porter sur :

  • les systèmes de recommandation enfermant les mineurs dans certains contenus ;
  • les mécanismes d’autoplay ou de lecture automatique ;
  • les notifications persistantes favorisant un usage excessif ;
  • les techniques de conception incitant à un engagement prolongé.

Cette approche, plus proportionnée, permet de concilier protection des mineurs et respect des libertés fondamentales, à condition que le lien entre la fonctionnalité et le risque soit clairement établi.

Une feuille de route pour les législateurs français et européens

La décision du Conseil constitutionnel ne consacre pas un droit absolu des mineurs à accéder à tous les réseaux sociaux. Elle offre en revanche une méthodologie claire pour les législateurs : identifier précisément les risques, cibler les services et fonctionnalités concernés, proportionner les mesures à l’âge des utilisateurs et inscrire dans la loi des garanties suffisantes en matière de vérification d’âge et de protection de la vie privée. Une approche qui pourrait inspirer les États membres de l’Union européenne dans l’élaboration de leurs propres dispositifs.

Source : Lexing

Source : Lexing

À lire aussi

l’AI Plan américain (stratégie nationale de l’intelligence artificielle des États-Unis, version 2024-2025)Assises de la confiance numériqueLes RDV Transformations du DroitSANCTIONS IN EUROPE

Un poste en compliance vous intéresse ?

GRACES publie des offres GRC exclusives et vous donne accès aux fourchettes de rémunération du marché — en toute confidentialité.

Créer mon profilVoir les offres