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Rapport annuel bilan

Rapport EIOPA 2024 : Coûts et inflation plombent l'épargne

EIOPA · 07/04/2026

Focus — Rapport EIOPA 2024 : L'inflation et les coûts érodent la performance des produits d'assurance et de retraite



L'Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA) a publié, le 27 mars 2024, son rapport annuel sur les coûts et la performance passée des produits d'investissement fondés sur l'assurance (IBIPs) et des produits de retraite personnelle (PPPs). Cette nouvelle édition confirme une tendance préoccupante : malgré une reprise des rendements nominaux en 2023, l'inflation persistante et des niveaux de coûts toujours significatifs continuent de grever lourdement la performance réelle des placements à long terme des épargnants européens.


Le constat est sans appel et constitue un signal fort pour l'ensemble des acteurs du secteur. L'enjeu principal est la protection de l'investisseur et la garantie d'une 'juste valeur' (value for money) des produits d'épargne, un concept que l'EIOPA place désormais au cœur de sa stratégie de surveillance. Pour les compliance officers, ce rapport n'est pas une simple lecture, mais un véritable outil de benchmark et un indicateur des futures priorités de supervision des autorités nationales.


💡 Sujet/Concept clé : de quoi parle-t-on ?



Le rapport de l'EIOPA analyse en profondeur le marché européen des produits d'épargne individuels, couvrant l'ensemble de l'Espace Économique Européen (EEE). Il se concentre sur deux grandes familles de produits : les produits d'investissement fondés sur l'assurance (IBIPs), qui incluent les contrats en unités de compte et les contrats à participation aux bénéfices, et les produits de retraite personnelle (PPPs), y compris le nouveau Produit Paneuropéen d'Épargne-Retraite Individuelle (PEPP).


L'objectif de cette analyse annuelle est d'évaluer la 'valeur pour l'argent' offerte aux consommateurs. Pour ce faire, l'EIOPA ne se contente pas d'observer les rendements bruts affichés par les produits. L'autorité s'attache à calculer les rendements nets, c'est-à-dire après déduction de l'ensemble des couches de frais (frais d'entrée, de gestion, de sortie, etc.), puis les compare à l'inflation pour obtenir un rendement 'réel'. C'est cette performance réelle qui mesure l'accroissement effectif du pouvoir d'achat de l'épargnant, un indicateur essentiel pour des placements à horizon long terme comme la retraite.


La base légale et réglementaire



Ce rapport s'inscrit dans un cadre réglementaire européen visant à renforcer la transparence et la protection des consommateurs. Plusieurs textes clés sous-tendent cette démarche. La Directive sur la Distribution d'Assurances (DDA) impose des obligations strictes en matière d'information sur les coûts et les frais, afin que le client comprenne l'impact de ces derniers sur le rendement final de son investissement. Le rapport de l'EIOPA agit comme un baromètre macroprudentiel, vérifiant si les objectifs de la directive sont atteints au niveau du marché.


De même, le règlement PRIIPs (Produits d'investissement packagés de détail et fondés sur l'assurance) a standardisé l'information précontractuelle via le Document d'Informations Clés (DIC), qui doit présenter des scénarios de performance et un indicateur de coût agrégé. L'analyse de l'EIOPA s'appuie sur ces données pour identifier les pratiques de marché et les produits potentiellement préjudiciables aux consommateurs. Le non-respect de ces obligations de transparence expose les distributeurs et les producteurs à des sanctions administratives de la part des autorités nationales compétentes, comme l'ACPR en France.


Analyse contextuelle : Les conclusions chocs du rapport EIOPA 2024



Le principal enseignement du rapport 2024 est le décalage flagrant entre les rendements nominaux et les gains réels pour les épargnants. Après une année 2022 marquée par des performances négatives, 2023 a vu un rebond des marchés. Cependant, l'inflation élevée a largement annulé ces gains. En conséquence, les rendements réels nets de frais sont restés faibles, voire négatifs pour de nombreuses catégories de produits, mettant en péril l'atteinte des objectifs financiers des épargnants, notamment pour leur retraite.


Les coûts demeurent le principal facteur d'érosion de la performance. Le rapport révèle que sur un horizon de 10 ans, les frais peuvent amputer jusqu'à 21% du rendement des produits en unités de compte. L'EIOPA pointe du doigt la complexité et l'opacité de certaines structures de frais, qui rendent la comparaison difficile pour les consommateurs. Des disparités importantes subsistent entre les États membres et les types de produits, avec des 'valeurs aberrantes' (outliers) affichant des coûts excessivement élevés sans justification de performance supérieure.


Le rapport met également en lumière le segment des produits ESG. Si leur popularité ne se dément pas, l'analyse de l'EIOPA ne démontre pas, à ce stade, une surperformance systématique par rapport à leurs équivalents non-ESG. De plus, leurs coûts peuvent parfois être plus élevés. Cela appelle à une vigilance accrue de la part des services de conformité pour s'assurer que la promesse de durabilité ne se fasse pas au détriment de la valeur financière pour le client et ne serve pas de prétexte à une tarification injustifiée, flirtant avec le 'greenwashing'.


Ce que ça change opérationnellement (Plan d'action)



Pour les professionnels de la conformité, ce rapport doit déclencher une série d'actions concrètes :


  • 1. Réévaluer la gouvernance produit (POG) : Intégrez les benchmarks du rapport EIOPA dans vos processus de surveillance et de revue des produits. La notion de 'value for money' doit être un critère d'évaluation formel. Action : Mettre à l'ordre du jour du prochain comité produits une analyse comparative de vos gammes par rapport aux moyennes européennes en termes de coûts et de rendements nets réels.


  • 2. Auditer la documentation précontractuelle : Assurez-vous que les Documents d'Informations Clés (DIC/KID) sont non seulement conformes, mais surtout clairs sur l'impact des coûts. Action : Mener des tests utilisateurs pour vérifier la compréhension par un client moyen des indicateurs de coûts et des scénarios de performance, notamment en contexte inflationniste.


  • 3. Renforcer la formation des réseaux de distribution : Le devoir de conseil doit impérativement inclure une explication pédagogique de la différence entre rendement nominal et rendement réel. Action : Créer un module de formation spécifique basé sur les conclusions du rapport EIOPA et mettre à jour les argumentaires de vente pour y inclure une discussion obligatoire sur l'impact de l'inflation et des frais.


  • 4. Identifier et traiter les produits 'outliers' : Lancez une analyse interne pour identifier les produits de votre catalogue qui se situeraient dans les quartiles de coûts les plus élevés ou de performance les plus faibles selon les données de l'EIOPA. Action : Mener un audit approfondi sur ces produits pour justifier leur structure de coûts ou, à défaut, élaborer un plan d'action (révision des frais, retrait du produit).


  • 5. Anticiper la pression du régulateur : L'EIOPA a clairement indiqué que ce rapport alimentera ses travaux de convergence prudentielle. Les autorités nationales vont intensifier leurs contrôles sur le sujet. Action : Rédiger une note de synthèse pour le Comex, présentant les risques identifiés par le rapport et les mesures proactives mises en place par la fonction conformité.


  • 6. Affiner l'analyse des produits ESG : Pour les produits durables, l'évaluation de la 'value for money' doit être bidimensionnelle, couvrant à la fois la performance financière et l'atteinte des objectifs extra-financiers. Action : Documenter précisément comment la stratégie ESG justifie la structure de coûts et garantit une valeur ajoutée tangible pour l'investisseur, au-delà du simple marketing.



Sources :

Source : EIOPA

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