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Visite historique de Macron en Syrie : entre enjeux géopolitiques et défis de reconstruction
Institut Montaigne
Emmanuel Macron a effectué la première visite d'État d'un président français en Syrie depuis 2008, marquant un tournant symbolique dans les relations franco-syriennes. Cette démarche, à la fois historique et risquée, s'inscrit dans un contexte de fragilité extrême pour un pays en pleine reconstruction après une décennie de conflit.
Un geste diplomatique chargé de symboles
La visite a débuté par une étape symbolique : la Mosquée des Omeyyades à Damas, en compagnie du nouveau président syrien Ahmed al-Charaa. Ce choix reflète une volonté de célébrer deux événements majeurs : le retour des Sunnites au pouvoir après des décennies de domination alaouite, et le retour de la France dans un pays où elle a exercé un mandat historique de 1920 à 1944.
Cette visite s'inscrit également dans une dynamique de réengagement international, alors qu'Ahmed al-Charaa a effectué sa première visite en Europe en tant que chef d'État intérimaire à Paris en mai 2025. La dernière visite officielle d'un président français en Syrie remontait à septembre 2008, soulignant l'ampleur du geste diplomatique.
Un pari risqué dans un contexte incertain
Le nouveau pouvoir syrien, bien que symboliquement fort, reste fragile. Les incertitudes pèsent sur sa légitimité, notamment en raison de la faiblesse numérique de ses troupes et des exactions commises par ses partisans. La situation économique, marquée par un taux de pauvreté proche de 90 %, et la précarité sécuritaire, avec la présence persistante d'Al Qaïda et les tensions avec Israël, compliquent davantage le paysage.
Face à ces défis, la visite présidentielle s'apparente à un pari : soutenir le nouveau pouvoir pour l'influencer, tout en évitant que d'autres acteurs régionaux ne prennent l'ascendant. La Syrie, sous influence turque, des États du Golfe et, dans une moindre mesure, des États-Unis, nécessite une présence française pour peser dans les équilibres futurs.
Des résultats concrets, mais précaires
Plusieurs accords ont été signés lors de cette visite, reflétant à la fois des avancées et des limites. Sur le plan politique, un échange d'ambassadeurs a été décidé, bien que la réouverture effective de l'ambassade française à Damas reste conditionnée à des travaux de remise en état. Sur le plan culturel, la réouverture de l'Institut Français du Proche-Orient (IFPO) et la restitution de 23 pièces archéologiques conservées en France depuis 2010 ont été actées.
La lutte contre le terrorisme a également été évoquée, avec une réaffirmation de la disponibilité française à renforcer son soutien opérationnel. Sur le plan économique, plusieurs protocoles d'accord ont été signés, notamment dans les infrastructures, la logistique et l'énergie. Un projet de construction d'un pont à Idlib, soutenu par un FASEP de 750 000 euros, et un engagement de CMA-CGM pour le port de Lattaquié, avec un investissement supplémentaire de 200 millions d'euros, illustrent cette dynamique.
Enfin, la restitution de 51 millions d'euros issus de la confiscation des biens de Rifaat al-Assad, destinée à financer des projets de développement, a été engagée.
Des défis de conformité et de faisabilité
Malgré ces avancées, plusieurs incertitudes subsistent. Les investissements en Syrie restent conditionnés par la levée des dernières sanctions américaines liées au terrorisme, ainsi que par la mise en conformité des circuits bancaires et financiers avec les règles de compliance. Une coopération dans ce domaine a été prévue, mais sa mise en œuvre prendra du temps.
Par ailleurs, la question de l'attente réelle de la France en Syrie se pose. Si le président al-Charaa a affiché sa volonté de diversifier les partenariats, l'intérêt de la Syrie à long terme reste à démontrer, notamment auprès de la population.
Source : Institut Montaigne
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