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Rapport Risques UE 2026 : L'analyse du Comité Conjoint

EIOPA · 07/04/2026

Focus — Rapport Risques UE 2026 : L'analyse du Comité Conjoint sur les vulnérabilités du système financier



Le Comité Conjoint des Autorités Européennes de Surveillance (AES), réunissant l'EBA, l'ESMA et l'EIOPA, a publié son très attendu rapport de printemps 2026 sur les risques et vulnérabilités du système financier de l'Union Européenne. Cette publication intervient dans un contexte macroéconomique et géopolitique toujours complexe, marqué par une inflation persistante, des taux d'intérêt élevés et une incertitude sur la croissance économique qui pèsent sur la stabilité financière.


Ce rapport, qui constitue un baromètre essentiel pour tous les professionnels de la conformité et des risques, met en lumière une intensification et une interconnexion croissantes des menaces. L'enjeu principal pour les institutions financières est de dépasser une gestion en silos pour adopter une approche holistique et intégrée de la gestion des risques, notamment face à la montée en puissance des menaces cybernétiques et des risques liés au climat.


💡 Sujet/Concept clé : de quoi parle-t-on ?



Le Comité Conjoint (Joint Committee) est le forum de coopération entre les trois Autorités Européennes de Surveillance : l'Autorité Bancaire Européenne (EBA), l'Autorité Européenne des Assurances et des Pensions Professionnelles (EIOPA) et l'Autorité Européenne des Marchés Financiers (ESMA). Sa mission est d'assurer une cohérence intersectorielle dans la surveillance financière et de traiter les risques qui transcendent les secteurs bancaire, de l'assurance et des marchés.


Le rapport sur les risques et vulnérabilités (Risks and Vulnerabilities Report - RVR) est une publication semestrielle qui fournit une évaluation complète et transversale des menaces pesant sur le système financier de l'UE. Il analyse les risques microprudentiels (au niveau des entités) et macroprudentiels (au niveau systémique), couvrant des domaines aussi variés que le risque de crédit, le risque de marché, la liquidité, et les risques opérationnels, avec un focus de plus en plus marqué sur les risques émergents comme la cybersécurité, les crypto-actifs et les facteurs ESG.


La base légale et réglementaire



Le mandat du Comité Conjoint et des AES découle directement des règlements européens fondateurs de 2010 (notamment les règlements (UE) n° 1093/2010, 1094/2010 et 1095/2010). Ces textes leur confèrent la mission de contribuer à la stabilité du système financier, de garantir l'intégrité et l'efficience des marchés, et d'assurer la protection des consommateurs. Le RVR est l'un des outils clés pour remplir cette mission de surveillance et d'alerte précoce.


Les conclusions de ce rapport influencent directement l'orientation des travaux de supervision et la hiérarchisation des priorités des régulateurs nationaux et européens. Elles servent de fondement à l'élaboration de nouvelles normes techniques (RTS/ITS) et de lignes directrices. Par exemple, les vulnérabilités identifiées en matière de cybersécurité alimenteront les premières thématiques de supervision dans le cadre du règlement DORA (Digital Operational Resilience Act), tandis que les analyses sur les crypto-actifs guideront la mise en œuvre de MiCA (Markets in Crypto-Assets).


Analyse du rapport 2026 : Entre tensions géopolitiques et innovations de rupture



Le rapport de 2026 met en exergue quatre axes de préoccupation majeurs. Premièrement, le contexte macroéconomique dégradé continue de faire peser un risque de crédit significatif sur les portefeuilles des banques, avec une augmentation attendue des défauts sur les prêts aux entreprises et aux ménages les plus vulnérables. La rentabilité des institutions financières, bien que résiliente jusqu'à présent, pourrait être mise à l'épreuve par une hausse des provisions et une baisse de la demande de crédit.


Deuxièmement, la résilience opérationnelle numérique est plus que jamais au centre des attentions. Avec l'entrée en application pleine et entière de DORA, le Comité Conjoint insiste sur le risque systémique posé par la concentration du marché sur un nombre restreint de fournisseurs de services cloud critiques. Le rapport souligne une sophistication croissante des cyberattaques, notamment via des techniques d'ingénierie sociale assistées par l'IA, et appelle à des tests de pénétration plus poussés.


Troisièmement, les risques ESG, et en particulier les risques climatiques, sont désormais considérés comme des facteurs de risque financier à part entière. Le rapport évalue les progrès des institutions dans l'intégration des risques physiques et de transition dans leurs cadres de gouvernance et de gestion des risques. Il pointe cependant des lacunes persistantes dans la quantification de ces risques et leur intégration dans les modèles de stress-testing.


Enfin, l'écosystème des crypto-actifs, désormais encadré par MiCA, fait l'objet d'une surveillance accrue. Le Comité Conjoint s'inquiète des risques de contagion entre les acteurs non régulés et le système financier traditionnel, ainsi que des défis en matière de LCB-FT posés par les technologies d'anonymisation et les mélangeurs de transactions.


Ce que ça change opérationnellement (Plan d'action)



Pour un Compliance Officer, ce rapport n'est pas une simple lecture mais un appel à l'action. Voici un plan pragmatique :


1. Mettre à jour la cartographie des risques : Intégrer de manière explicite les scénarios de risques géopolitiques et macro-financiers décrits dans le rapport. Quantifier leur impact potentiel sur le risque de crédit, de contrepartie et de liquidité.


2. Piloter un audit de conformité DORA : Lancer un audit à blanc ou une évaluation approfondie de la conformité aux exigences de DORA. L'accent doit être mis sur la gestion des risques liés aux tiers (en particulier les fournisseurs de cloud) et sur la robustesse des plans de réponse aux incidents.


3. Renforcer l'intégration des risques climatiques : Collaborer avec les équipes Risques pour affiner les méthodologies de quantification des risques climatiques. S'assurer que les données ESG utilisées sont fiables et que les scénarios de stress-tests climatiques sont pertinents et rigoureux.


4. Adapter le dispositif LCB-FT aux crypto-actifs : Si votre institution est exposée, vérifier que les outils de surveillance des transactions sont calibrés pour détecter les typologies de fraude et de blanchiment spécifiques aux crypto-actifs. Former les analystes à ces nouvelles menaces.


5. Réviser le plan de formation annuel : Intégrer des modules spécifiques sur les conclusions du rapport : menaces cyber avancées, implications de DORA et MiCA, et méthodologies d'analyse des risques ESG. Le Conseil d'Administration doit également faire l'objet d'une sensibilisation dédiée.


6. Adapter le reporting à la Direction Générale et au Conseil : Faire évoluer les tableaux de bord des risques pour refléter ces nouvelles priorités. Le reporting doit être clair, concis et mettre en évidence les plans de mitigation associés à chaque vulnérabilité identifiée par les AES.


  • 📎 EIOPA — Joint Committee Update on risks and vulnerabilities in the EU financial system - Spring 2026

Source : EIOPA

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