BaFin mobilise 100 experts contre le système Hawala

Christophe BARDY - GRACES community
19/3/2025
Propulsé par Virginie
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BaFin mobilise 100 experts en criminalité financière pour lutter contre le système Hawala : vers un réseau international contre le blanchiment d'argent



Le régulateur financier allemand BaFin a récemment organisé une réunion exceptionnelle rassemblant une centaine d'experts en criminalité financière pour intensifier la lutte contre le système bancaire Hawala, un mécanisme informel de transfert de fonds souvent exploité à des fins de blanchiment d'argent. Cette initiative marque une étape importante dans les efforts coordonnés pour combattre les systèmes financiers parallèles qui échappent aux contrôles réglementaires traditionnels.


Comprendre le système Hawala : un défi majeur pour les autorités de régulation



Le système Hawala, dont les origines remontent à plusieurs siècles dans les régions du Moyen-Orient et d'Asie du Sud, constitue un réseau informel de transfert de fonds basé sur la confiance et l'honneur entre les intermédiaires, appelés hawaladars. Ce système permet de transférer des sommes d'argent importantes à travers les frontières sans mouvement physique des fonds et sans laisser de traces documentaires substantielles.


Contrairement aux institutions financières traditionnelles, le système Hawala fonctionne en dehors du cadre réglementaire bancaire conventionnel. Les transactions s'effectuent via un réseau d'intermédiaires qui s'engagent à honorer les paiements sur la base d'accords verbaux, rendant ces opérations particulièrement difficiles à tracer pour les autorités de régulation.


Le Dr Marcus Pleyer, figure éminente de BaFin et ancien président du Groupe d'action financière (GAFI), a souligné lors de cette réunion que 'le système Hawala représente l'un des défis les plus complexes dans notre lutte contre le blanchiment d'argent en raison de son caractère informel et transfrontalier. Ces réseaux peuvent déplacer des sommes considérables sans laisser de traces numériques ou documentaires substantielles.'


Les caractéristiques qui rendent le système Hawala attrayant pour les utilisateurs légitimes - rapidité, faibles coûts, accessibilité dans les régions mal desservies par les banques traditionnelles - sont précisément celles qui le rendent vulnérable à une exploitation par des acteurs malveillants. Les organisations criminelles et terroristes peuvent utiliser ce système pour transférer des fonds illicites tout en contournant les mécanismes de surveillance financière.


L'initiative de BaFin : une approche collaborative et internationale



La réunion organisée par BaFin a rassemblé environ 100 experts provenant de diverses institutions : autorités de régulation financière, unités de renseignement financier, forces de l'ordre, procureurs spécialisés et représentants d'organisations internationales. Cette diversité de participants reflète la reconnaissance que la lutte contre le système Hawala nécessite une approche multidisciplinaire et coordonnée.


Lors de son discours d'ouverture, le représentant de BaFin a déclaré : 'Nous ne pouvons pas combattre efficacement les réseaux Hawala en travaillant en silos. Ces systèmes opèrent à travers les frontières, exploitant les failles entre les différentes juridictions. Notre réponse doit donc être tout aussi transnationale et collaborative.'


L'initiative de BaFin s'inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer les capacités de détection et d'intervention contre les systèmes financiers parallèles. Les discussions ont porté sur plusieurs aspects cruciaux :


1. Le développement d'indicateurs de risque spécifiques permettant d'identifier les opérations Hawala

2. L'amélioration des techniques d'investigation financière adaptées à ces réseaux informels

3. Le renforcement de la coopération transfrontalière entre les autorités compétentes

4. L'élaboration de cadres réglementaires équilibrés qui n'entravent pas les transferts légitimes tout en combattant les abus

5. L'utilisation des technologies avancées pour détecter les schémas de transactions suspects liés aux réseaux Hawala


Cette initiative s'inscrit également dans le contexte plus large des efforts européens pour renforcer le cadre de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, notamment avec la mise en œuvre progressive du sixième paquet anti-blanchiment de l'Union européenne.


Les défis spécifiques posés par le système Hawala en Allemagne et en Europe



L'Allemagne, comme d'autres pays européens, fait face à des défis particuliers concernant les réseaux Hawala. Les autorités allemandes ont identifié plusieurs caractéristiques distinctives de ces opérations sur leur territoire :


- Une concentration des activités Hawala dans certaines communautés diasporiques, notamment originaires du Moyen-Orient, d'Afrique du Nord et d'Asie du Sud

- L'utilisation de commerces légitimes comme façades pour les opérations Hawala (restaurants, agences de voyage, bureaux de change, etc.)

- L'interconnexion croissante entre les réseaux Hawala et d'autres formes de criminalité organisée, notamment le trafic de stupéfiants et la traite des êtres humains

- L'adaptation rapide des opérateurs Hawala aux techniques d'investigation des autorités


Un expert de BaFin a souligné lors de la réunion : 'Nous observons une sophistication croissante des réseaux Hawala en Allemagne. Ils utilisent désormais des techniques de brouillage plus élaborées, combinent différentes méthodes de transfert et exploitent les nouvelles technologies, y compris les cryptomonnaies, pour dissimuler l'origine et la destination des fonds.'


Les enquêtes récentes menées en Allemagne ont révélé que certains réseaux Hawala traitaient des volumes financiers considérables, parfois plusieurs millions d'euros par mois, témoignant de l'ampleur du phénomène et de son impact potentiel sur l'intégrité du système financier.


Vers un réseau international de lutte contre le blanchiment d'argent



L'un des résultats les plus significatifs de cette réunion a été l'appel à la création d'un réseau international dédié spécifiquement à la lutte contre les systèmes financiers parallèles comme le Hawala. Ce réseau viserait à faciliter l'échange rapide d'informations, le partage des meilleures pratiques et la coordination des actions opérationnelles entre les différentes autorités nationales.


Le Dr Marcus Pleyer a particulièrement insisté sur cette dimension internationale : 'Les criminels financiers ne respectent pas les frontières nationales. Ils exploitent systématiquement les différences entre les cadres réglementaires et les capacités d'application de la loi des différents pays. Pour être efficaces, nous devons créer un réseau international aussi agile et interconnecté que les réseaux criminels que nous combattons.'


Cette proposition s'articule autour de plusieurs axes :


1. La création d'une plateforme sécurisée d'échange d'informations en temps réel sur les opérations Hawala suspectes

2. L'organisation régulière d'opérations coordonnées impliquant simultanément plusieurs juridictions

3. Le développement de programmes de formation conjoints pour les enquêteurs financiers

4. L'harmonisation des approches réglementaires concernant les prestataires de services de transfert de fonds

5. L'engagement avec les communautés concernées pour promouvoir des alternatives légales et transparentes aux systèmes informels


Cette initiative s'inscrit dans la continuité des recommandations du GAFI concernant les prestataires de services de transfert de valeurs ou de fonds, tout en reconnaissant les spécificités des systèmes Hawala qui nécessitent des approches adaptées.


L'équilibre délicat entre régulation et inclusion financière



Un aspect important des discussions lors de cette réunion a concerné la nécessité de trouver un équilibre entre la lutte contre l'utilisation abusive des systèmes Hawala et la reconnaissance de leur rôle légitime pour certaines populations.


En effet, pour de nombreuses communautés, particulièrement dans les régions où l'infrastructure bancaire formelle est limitée ou inaccessible, les systèmes comme le Hawala représentent parfois le seul moyen pratique d'envoyer de l'argent à leurs familles. Ces systèmes permettent également de réduire les coûts de transfert, qui peuvent être prohibitifs via les canaux bancaires traditionnels pour les petites sommes.


Un représentant d'une organisation internationale présent à la réunion a souligné : 'Notre objectif ne doit pas être d'éliminer complètement ces systèmes, mais plutôt de les intégrer progressivement dans le cadre réglementaire formel tout en préservant leurs avantages en termes d'accessibilité et d'efficacité.'


Plusieurs pistes ont été évoquées pour atteindre cet équilibre :


- Développer des régimes d'enregistrement simplifiés pour les petits opérateurs Hawala légitimes

- Encourager les institutions financières traditionnelles à développer des services adaptés aux besoins des communautés actuellement desservies par les systèmes informels

- Mettre en place des programmes de sensibilisation sur les risques associés aux transferts non réglementés

- Collaborer avec les leaders communautaires pour promouvoir l'utilisation de canaux financiers formels

- Soutenir l'innovation dans les services financiers numériques qui pourraient offrir des alternatives viables aux systèmes informels


Cette approche nuancée reflète la reconnaissance que les solutions purement répressives pourraient avoir des conséquences négatives non intentionnelles, notamment en poussant ces activités encore plus dans la clandestinité ou en privant certaines communautés vulnérables d'un service essentiel.


Le rôle des nouvelles technologies dans la détection et la prévention



Un volet important des discussions a porté sur l'utilisation des technologies avancées pour améliorer la détection des réseaux Hawala illicites. Les experts ont partagé leurs expériences concernant l'application de l'intelligence artificielle, de l'analyse des données massives et des techniques d'apprentissage automatique pour identifier les schémas de transactions caractéristiques des opérations Hawala.


Un expert en technologie financière a présenté comment les algorithmes d'apprentissage automatique peuvent être entraînés pour détecter les indicateurs subtils d'activité Hawala : 'Les réseaux Hawala laissent des traces numériques, même s'ils opèrent principalement hors du système bancaire formel. Les transactions compensatoires, les mouvements de fonds inhabituels entre certaines juridictions, les schémas temporels spécifiques - tous ces éléments peuvent être détectés par des systèmes d'IA correctement entraînés.'


Plusieurs innovations technologiques prometteuses ont été présentées :


1. Des systèmes d'analyse de réseau capables d'identifier les connexions entre différents acteurs potentiellement impliqués dans des opérations Hawala

2. Des outils de surveillance des transactions qui intègrent des indicateurs de risque spécifiques au Hawala

3. Des plateformes de partage d'informations sécurisées permettant aux institutions financières et aux autorités de collaborer tout en respectant les exigences de protection des données

4. Des solutions d'identité numérique qui pourraient faciliter la vérification des clients tout en rendant plus difficile l'anonymat exploité par les réseaux illicites


Cependant, les participants ont également reconnu les limites de ces approches technologiques, notamment face à des systèmes qui reposent fondamentalement sur des interactions humaines et des accords verbaux. Un représentant des forces de l'ordre a souligné : 'La technologie est un outil puissant, mais elle ne remplacera jamais le renseignement humain et le travail d'enquête sur le terrain, particulièrement dans ce domaine.'


Les prochaines étapes et perspectives d'avenir



À l'issue de cette réunion de deux jours, BaFin et les autres participants ont défini une feuille de route pour renforcer la lutte contre l'utilisation abusive des systèmes Hawala. Cette feuille de route comprend plusieurs actions concrètes à court et moyen terme :


1. La création d'un groupe de travail permanent sur les systèmes financiers parallèles, avec des représentants des principales autorités concernées

2. L'élaboration d'un manuel de bonnes pratiques pour l'identification et l'investigation des réseaux Hawala illicites

3. L'organisation d'exercices de simulation impliquant plusieurs juridictions pour tester et améliorer les procédures de coopération

4. Le développement de programmes de formation spécialisés pour les enquêteurs financiers, les procureurs et les régulateurs

5. L'engagement d'un dialogue structuré avec le secteur privé, notamment les institutions financières, pour améliorer la détection des transactions suspectes liées au Hawala


BaFin a également annoncé son intention d'organiser une conférence internationale de suivi dans les douze prochains mois pour évaluer les progrès réalisés et ajuster la stratégie en fonction des résultats obtenus et des nouvelles tendances identifiées.


Le Dr Marcus Pleyer a conclu la réunion en soulignant l'importance de maintenir l'élan créé : 'Cette réunion n'est pas une fin en soi, mais le début d'un effort soutenu et coordonné. Le système Hawala existe depuis des siècles et continuera d'évoluer. Notre réponse doit être tout aussi persistante et adaptative.'


Impact sur les institutions financières et les professionnels de la compliance



Pour les institutions financières et les professionnels de la compliance, cette initiative de BaFin et l'attention accrue portée aux systèmes Hawala ont des implications significatives. Les banques et autres établissements financiers seront probablement appelés à renforcer leurs procédures de vigilance pour détecter les transactions potentiellement liées à des réseaux Hawala illicites.


Les compliance officers devront se familiariser avec les indicateurs spécifiques d'activité Hawala, tels que :


- Des dépôts en espèces suivis de transferts rapides vers des juridictions spécifiques

- Des transactions structurées juste en dessous des seuils de déclaration obligatoire

- Des mouvements de fonds inhabituels entre des entreprises sans relation commerciale apparente

- Des transactions compensatoires complexes impliquant plusieurs juridictions

- Des volumes de transactions disproportionnés par rapport à l'activité économique déclarée


Un expert en compliance bancaire présent à la réunion a souligné : 'Les institutions financières sont en première ligne dans la détection des opérations Hawala qui touchent le système bancaire formel. Nous devons affiner nos systèmes de surveillance pour identifier ces schémas spécifiques tout en évitant de pénaliser injustement des communautés entières par des approches de désrisquement excessives.'


Cette initiative pourrait également conduire à des exigences réglementaires renforcées concernant la surveillance des transactions et la déclaration des opérations suspectes liées aux systèmes financiers parallèles. Les professionnels de la compliance devront donc rester attentifs aux évolutions réglementaires dans ce domaine et adapter leurs procédures en conséquence.


Quelques pistes pour l'intégration opérationnelle dans votre dispositif :



• Mettre à jour vos procédures de KYC et de surveillance des transactions pour intégrer des indicateurs spécifiques liés aux activités Hawala, en accordant une attention particulière aux transactions compensatoires complexes et aux mouvements de fonds entre juridictions à haut risque.


• Former vos équipes de compliance et d'analyse des risques aux spécificités des systèmes Hawala, en développant leur compréhension des mécanismes opérationnels et des signaux d'alerte associés à ces réseaux informels.


• Établir des canaux de communication privilégiés avec les autorités compétentes et participer activement aux initiatives sectorielles de partage d'informations sur les typologies émergentes liées aux systèmes financiers parallèles.


• Adopter une approche basée sur les risques qui équilibre les impératifs de lutte contre le blanchiment d'argent avec les considérations d'inclusion financière, en évitant les pratiques de désrisquement excessives qui pourraient affecter injustement certaines communautés.


• Investir dans des solutions technologiques avancées d'analyse de données et d'intelligence artificielle capables de détecter les schémas complexes caractéristiques des opérations Hawala, tout en maintenant une supervision humaine appropriée pour l'interprétation des alertes générées.

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