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Edito

IPC 2025 : Impact sur votre cartographie des risques LCB-FT

NB · 12/03/2026

Focus — IPC 2025 : Alerte sur la progression de la corruption et ses implications pour la conformité



La publication de l'Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2025 par Transparency International début mars 2026 sonne comme un avertissement pour les professionnels de la conformité. Le rapport de cette année met en lumière une tendance préoccupante : une stagnation globale, voire une régression, dans la lutte contre la corruption à l'échelle mondiale. Plusieurs régions, autrefois considérées comme en voie d'amélioration, affichent désormais des scores en baisse, reflétant une érosion de l'état de droit et une augmentation des risques.


Cette nouvelle édition concerne l'ensemble des assujettis aux obligations de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (LCB-FT) et de lutte contre la corruption. L'enjeu principal est l'obsolescence potentielle des dispositifs de gestion des risques existants. Il est donc impératif de réévaluer et de mettre à jour sans délai les cartographies des risques géographiques pour garantir leur pertinence et leur efficacité face à cette nouvelle donne.


💡 Sujet/Concept clé : de quoi parle-t-on ?



L'Indice de Perception de la Corruption (IPC), ou Corruption Perception Index (CPI) en anglais, est l'indicateur de référence mondial publié annuellement par l'ONG Transparency International. Il classe 180 pays et territoires en fonction du niveau de corruption perçu dans leur secteur public, tel qu'évalué par des experts et des enquêtes auprès de chefs d'entreprise. L'indice fonctionne sur une échelle de 0 (perçu comme très corrompu) à 100 (perçu comme très intègre). Il ne mesure pas la corruption réelle, mais sa perception, qui constitue un proxy essentiel et fiable pour évaluer le risque.


Pour les départements de conformité, l'IPC est un outil fondamental. Il constitue l'une des principales sources de données externes utilisées pour construire et calibrer la classification des risques pays, un pilier des dispositifs LCB-FT et anticorruption (Loi Sapin II). Cette classification influence directement le niveau de vigilance à appliquer lors des processus de connaissance du client (KYC), des fournisseurs (KYS) et des intermédiaires, ainsi que le scoring des transactions. Ignorer une mise à jour de cet indice revient à piloter son dispositif avec une carte obsolète.


La base légale et réglementaire



L'obligation de prendre en compte de tels indicateurs est fermement ancrée dans le corpus réglementaire. Le Code monétaire et financier (CMF), qui transpose les directives européennes LCB-FT, exige des assujettis qu'ils identifient, évaluent et comprennent les risques de BC-FT auxquels ils sont exposés. L'article L. 561-4-1 du CMF impose une approche fondée sur les risques, qui doit notamment tenir compte des facteurs de risque liés aux zones géographiques. Les lignes directrices de l'Autorité Bancaire Européenne (EBA) sur les facteurs de risque précisent que les entreprises doivent utiliser des sources d'information crédibles et indépendantes, comme les rapports d'organisations internationales, pour évaluer le risque pays.


En matière de lutte contre la corruption, la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016, dite 'Sapin II', impose aux grandes entreprises la mise en place d'un programme de conformité comprenant huit piliers. Le premier d'entre eux est la cartographie des risques, qui doit identifier, analyser et hiérarchiser les risques d'exposition de la société à la corruption. Une cartographie pertinente doit nécessairement s'appuyer sur une évaluation actualisée des risques géographiques, pour laquelle l'IPC est une source de données incontournable. Une absence de mise à jour de la cartographie suite à une évolution significative de l'IPC pourrait être interprétée par l'Agence Française Anticorruption (AFA) comme une carence du dispositif.


IPC 2025 : Une dégradation qui impose une réévaluation des risques



L'édition 2025 de l'IPC révèle une dégradation notable des scores dans plusieurs pays d'Europe de l'Est et d'Asie du Sud-Est, régions souvent au cœur des chaînes d'approvisionnement et des stratégies d'expansion internationales. Cette baisse est principalement attribuée à l'instabilité géopolitique, à l'affaiblissement des institutions judiciaires et à une pression accrue sur la société civile et les médias. Parallèlement, le rapport note une stagnation préoccupante au sein même des démocraties occidentales, où les problématiques de lobbying opaque et de conflits d'intérêts continuent de freiner les progrès.


Cette évolution n'est pas anodine. Une baisse du score d'un pays où une entreprise opère, que ce soit via une filiale, des clients importants ou des fournisseurs stratégiques, augmente mécaniquement le niveau de risque inhérent de corruption et de blanchiment. Les modèles de scoring de risque client, qui intègrent la variable pays, doivent être ajustés en conséquence. Continuer d'appliquer un niveau de vigilance standard à une relation d'affaires dans un pays dont le profil de risque s'est aggravé constitue une non-conformité.


L'un des pièges à éviter est l'analyse isolée du score global. Un pays peut conserver un score moyen tout en présentant des poches de corruption extrême dans certains secteurs (défense, énergie, BTP) ou certaines administrations (douanes, services fiscaux). L'analyse du Compliance Officer doit donc croiser l'IPC avec d'autres sources qualitatives (rapports du GAFI, listes de sanctions, analyses géopolitiques) pour affiner l'évaluation et ne pas tomber dans une approche purement quantitative et mécanique.


Ce que ça change opérationnellement (Plan d'action)



1. Mettre à jour la classification des risques pays : La première action est de revoir et valider la matrice interne de risque pays. Intégrez les nouveaux scores IPC 2025, comparez-les aux données de l'année précédente et documentez formellement toute modification de la classification d'un pays (par exemple, passage de risque 'modéré' à 'élevé'). Assurez-vous que les seuils déclenchant les différents niveaux de risque sont toujours pertinents.


2. Lancer une revue de portefeuille ciblée : Sur la base de la nouvelle classification, identifiez l'ensemble des clients, fournisseurs et partenaires commerciaux situés dans les pays dont le risque a été réévalué à la hausse. Lancez une campagne de revue pour vérifier si le niveau de due diligence appliqué à ces tiers est toujours adéquat ou si des mesures de vigilance renforcée (Enhanced Due Diligence - EDD) sont désormais requises.


3. Actualiser la cartographie des risques de corruption : L'évolution du risque géographique est une donnée d'entrée majeure pour la cartographie des risques Sapin II. Le Compliance Officer doit évaluer l'impact de ces changements sur les scénarios de risque existants, notamment ceux liés aux achats, aux ventes internationales ou aux opérations de M&A. Cette analyse doit être formalisée dans la mise à jour annuelle de la cartographie.


4. Adapter les procédures et les outils de contrôle : Assurez-vous que les procédures internes et les outils de scoring intègrent les nouvelles notations. Les systèmes doivent automatiquement déclencher des alertes ou des workflows d'approbation renforcée pour toute nouvelle entrée en relation ou transaction impliquant un pays désormais classé à haut risque.


5. Communiquer et former les équipes opérationnelles : Informez sans délai les équipes de la première ligne de défense (commerciaux, acheteurs) des changements dans la classification des risques pays. Organisez des sessions de formation courtes pour expliquer les implications pratiques : quels pays nécessitent une vigilance accrue, quelles informations supplémentaires collecter, et qui contacter en cas de doute.


6. Documenter la démarche pour l'audit et les régulateurs : Conservez une piste d'audit complète de l'ensemble du processus : analyse du rapport IPC, procès-verbaux de validation de la nouvelle classification, méthodologie de la revue de portefeuille, et plan de communication. Cette documentation sera essentielle pour démontrer aux auditeurs internes et aux régulateurs (ACPR, AFA) le caractère dynamique et réactif de votre dispositif de conformité.


Sources :


  • 📎 EBA — The ML/TF Risk Factors Guidelines
  • 📎 Legifrance — Code monétaire et financier, Article L561-4-1

Source : NB

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