Veille réglementaire
Roadshow AMLA 2025 : Les conclusions qui vont façonner la LCB-FT
AMLA · 22/05/2026
Focus — Roadshow AMLA 2025 : Les conclusions qui vont façonner la supervision LCB-FT en Europe
L'Autorité européenne de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (AMLA) a publié, ce 11 mai 2026, les conclusions très attendues de son 'roadshow' paneuropéen mené tout au long de l'année 2025. Ce document stratégique dresse un état des lieux de la préparation des États membres et du secteur privé à l'entrée en vigueur du nouveau paquet LCB-FT et esquisse les futures priorités de supervision de la nouvelle autorité.
Menée par la présidence de l'AMLA, cette vaste consultation a impliqué des rencontres avec l'ensemble des autorités de contrôle nationales (ACN), les Cellules de Renseignement Financier (CRF) et des panels représentatifs d'assujettis de tous les secteurs. L'enjeu principal est désormais clair : ce rapport constitue la première feuille de route concrète des futures actions de l'AMLA, signalant une rupture avec l'approche fragmentée du passé et l'avènement d'une supervision LCB-FT véritablement intégrée et intrusive au niveau de l'Union.
💡 Sujet/Concept clé : de quoi parle-t-on ?
L'AMLA (Anti-Money Laundering Authority) est la nouvelle pierre angulaire du dispositif institutionnel de l'Union européenne en matière de LCB-FT. Créée par le paquet réglementaire de 2024, elle a pour mission de remédier aux défaillances systémiques observées dans la lutte contre les flux financiers illicites. Son rôle est double : elle exercera une supervision directe sur un nombre restreint d'entités financières et non financières jugées les plus à risque au niveau transfrontalier, tout en coordonnant et en harmonisant les pratiques des superviseurs nationaux pour garantir une application cohérente du 'single rulebook' (corpus réglementaire unique).
Le 'roadshow' de 2025 était une initiative de place essentielle avant la pleine entrée en fonction de l'Autorité. Il ne s'agissait pas d'une simple tournée de présentation, mais d'une phase active de diagnostic et de collecte d'informations sur le terrain. L'objectif était d'évaluer le niveau de maturité des différents écosystèmes nationaux, d'identifier les défis opérationnels communs et de sonder les attentes des acteurs publics et privés. Sont concernés l'ensemble des assujettis, des banques systémiques aux prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA/CASP), en passant par les assureurs, les sociétés de gestion et les professions non financières, sur l'ensemble des 27 États membres.
La base légale et réglementaire
Le fondement de l'action de l'AMLA et de ce rapport repose sur le paquet LCB-FT européen, qui comprend principalement le Règlement sur la lutte contre le blanchiment de capitaux (AMLR) et la 6ème Directive anti-blanchiment (AMLD6). L'AMLR établit pour la première fois des règles directement applicables dans toute l'UE, créant ainsi un corpus de règles unique qui vise à éliminer les divergences issues de la transposition des directives précédentes. Ce règlement confère à l'AMLA des pouvoirs étendus, notamment celui d'élaborer des normes techniques de réglementation (RTS) et d'exécution (ITS) qui viendront préciser les obligations des assujettis.
L'esprit de ces textes est de passer d'une coordination souple à une intégration forte. L'AMLA dispose de pouvoirs contraignants sur les superviseurs nationaux, incluant la capacité de mener des examens par les pairs ('peer reviews') et d'émettre des instructions en cas de manquement. Pour les entités sous sa supervision directe, l'AMLA pourra mener des inspections sur place, exiger des mesures correctrices et imposer des sanctions pécuniaires pouvant atteindre 10% du chiffre d'affaires annuel total. Cette architecture centralisée vise à mettre fin au 'forum shopping' réglementaire et à garantir que les risques transfrontaliers soient gérés avec une rigueur uniforme.
Les conclusions du Roadshow : vers une supervision LCB-FT unifiée
Le rapport publié par l'AMLA s'articule autour de quatre axes majeurs qui constitueront le socle de sa doctrine de supervision. Le premier constat est celui d'une convergence encore insuffisante des pratiques de supervision. Le document pointe des disparités importantes dans les ressources allouées, les méthodologies d'évaluation des risques et l'intensité des contrôles entre les ACN. L'AMLA annonce donc une action prioritaire via des lignes directrices contraignantes et des formations communes pour rehausser et standardiser le niveau d'exigence à travers l'Union.
Le deuxième axe est celui de l'intégration technologique. Le roadshow a confirmé le besoin criant d'une meilleure exploitation des données et des technologies innovantes (RegTech, IA). L'AMLA plaide pour la mise en place de plateformes de partage d'informations sécurisées entre les assujettis et les autorités (Public-Private Partnerships) et la création d'un hub de données centralisé pour les CRF. Elle attend des entités qu'elles investissent massivement pour moderniser leurs systèmes, notamment pour faire face à la complexité des risques liés aux crypto-actifs, un sujet revenu avec insistance dans toutes les capitales.
Enfin, le rapport insiste sur l'harmonisation de l'approche par les risques. Bien que ce principe soit au cœur de la réglementation depuis des années, son application pratique reste hétérogène. L'AMLA publiera des méthodologies détaillées pour la classification des risques clients, produits et géographiques. L'attente est claire : les cartographies des risques devront être plus dynamiques, granulaires et justifiées par des données probantes, en particulier pour les activités transfrontalières. Les approches trop génériques ou insuffisamment documentées ne seront plus tolérées.
Ce que ça change opérationnellement (Plan d'action)
Pour les Compliance Officers, ce rapport n'est pas une simple lecture, c'est un plan de travail pour les 18 prochains mois. Voici les actions prioritaires à engager :
- Réévaluer la cartographie des risques : Mettez immédiatement à jour votre cartographie des risques LCB-FT pour l'aligner sur les priorités de l'AMLA. Cela signifie accorder une pondération plus forte aux risques transfrontaliers au sein de l'UE, intégrer des scénarios spécifiques aux nouvelles technologies (crypto, DeFi) et documenter de manière exhaustive la méthodologie utilisée.
- Auditer les dispositifs de supervision technologique : Lancez un audit interne ou externe de vos outils (filtrage, transaction monitoring, connaissance client). L'objectif est de réaliser une analyse d'écart par rapport aux attentes de l'AMLA en matière d'analyse de données et de reporting. Préparez un plan d'investissement pour combler les lacunes identifiées.
- Renforcer la gouvernance LCB-FT au niveau du groupe : Pour les groupes présents dans plusieurs États membres, l'ère des politiques de conformité silotées est révolue. Mettez en place des normes, des procédures et des systèmes de reporting LCB-FT unifiés et centralisés pour garantir une vision consolidée des risques, anticipant ainsi la supervision de l'AMLA.
- Anticiper les futures due diligences de l'AMLA : Utilisez le rapport comme une grille d'audit prédictive. Menez des contrôles à blanc ('mock audits') sur les thématiques mises en avant : la robustesse des dossiers KYC pour les clients transfrontaliers complexes, la traçabilité des décisions dans l'application de l'approche par les risques, et l'efficacité du dispositif de déclaration de soupçon.
- Lancer un plan de formation sur le 'single rulebook' : Le nouveau corpus réglementaire unique va remplacer de nombreuses spécificités nationales. Déployez un programme de formation ambitieux pour toutes les équipes concernées (conformité, audit, mais aussi front-office) afin d'assurer une parfaite maîtrise des nouvelles exigences de l'AMLR et des futurs RTS de l'AMLA.
Sources :
- 📎 AMLA — AMLA publishes findings of Chair's 2025 EU-wide Roadshow