Veille réglementaire
Tracfin : hausse des déclarations et priorités LCB-FT
Le blog de la LCBFT · 07/10/2026
La cellule de renseignement financier française, Tracfin, a publié son rapport d’activité annuel pour l’année 2025. Ce document met en lumière une augmentation significative des déclarations de soupçon (DS) transmises par les professionnels assujettis, reflétant une dynamique accrue dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Le rapport souligne une progression notable du nombre de DS entre 2024 et 2025, avec un volume total de 278 484 déclarations, marquant une hausse de 32 % en un an. Cette inflation, anticipée par les observateurs, s’inscrit dans un contexte de renforcement des obligations de vigilance pour les secteurs financier et non-financier.
Secteur financier : les banques en tête des déclarations
Les établissements bancaires, de crédit et de paiement restent les principaux contributeurs aux déclarations de soupçon, représentant à eux seuls 84 % des DS du secteur financier. Ce dernier concentre d’ailleurs près de 93 % du flux déclaratif global. Tracfin et l’ACPR collaborent depuis 2024 à un projet d’harmonisation des données bancaires, visant à standardiser les relevés d’opérations transmis avec les DS. Cette initiative doit faciliter les investigations en garantissant l’exhaustivité et l’exploitabilité des informations.
Les prestataires de services sur cryptoactifs (PSCA) ont également vu leurs déclarations progresser de 58 % entre 2024 et 2025, signe d’une meilleure appropriation de leurs obligations LCB-FT. Toutefois, certaines typologies, comme la fraude fiscale ou les plus-values non déclarées, restent sous-déclarées par ces plateformes.
En revanche, les conseillers en investissements financiers (CIF) et les sociétés de gestion de portefeuille (SGP) affichent un taux de déclaration inférieur à leur nombre d’immatriculations. Des actions de sensibilisation menées par Tracfin et l’AMF en 2026 visent à combler ce retard.
Secteur non-financier : des progrès inégaux
Le secteur non-financier ne représente que 7 % du flux déclaratif total en 2025, bien que ce chiffre marque une progression par rapport aux années précédentes. Parmi les professions les plus actives figurent les greffiers des tribunaux de commerce, les notaires, les opérateurs de jeu, les administrateurs de justice et les mandataires judiciaires. Les notaires ont notamment amélioré la qualité et la quantité de leurs déclarations grâce à la mise en place de référents LCB-FT départementaux et de modules de formation en ligne.
À l’inverse, les avocats, malgré leur nombre et l’étendue de leurs activités, restent en retrait en matière de déclarations. Les sociétés de domiciliation, bien que nombreuses, présentent également une marge de progression significative. Les agents sportifs, quant à eux, n’ont toujours pas transmis de DS, malgré les campagnes de sensibilisation répétées.
Le rapport souligne également l’assujettissement récent des entreprises proposant des objets numériques monétisables, telles que les NFT ou les jetons en ligne, ainsi que l’éventualité d’un assujettissement futur des promoteurs immobiliers pour détecter les flux illicites dans les opérations de construction.
Renforcement du cadre juridique et missions étendues
Le rapport consacre une partie à l’activité opérationnelle de Tracfin en 2025, mettant en avant la lutte contre la criminalité organisée comme priorité absolue. Plusieurs évolutions législatives récentes ont élargi les missions de la CRF, notamment la loi du 13 juin 2025 visant à « sortir la France du piège du narcotrafic ». Cette loi introduit l’assujettissement de nouveaux professionnels, tels que les marchands de biens, les promoteurs immobiliers, les vendeurs et loueurs de véhicules, navires et aéronefs privés, ainsi que les clubs de football à partir de juillet 2027. Elle permet également aux lanceurs d’alerte de saisir directement Tracfin et applique une présomption de blanchiment en cas d’usage de cryptoactifs anonymes ou de mixeurs.
Par ailleurs, la loi du 30 juin 2025 « contre toutes les fraudes aux aides publiques » élargit les destinataires des informations transmises par Tracfin, renforçant ainsi la réactivité du service et la diffusion d’informations enrichies.
Le rapport insiste sur deux axes majeurs pour Tracfin : le démantèlement des réseaux organisés de blanchiment et l’élaboration d’une cartographie du patrimoine économique des criminels, notamment des narcotrafiquants. Cette approche s’appuie sur une coopération renforcée avec les administrations compétentes, notamment la création de l’État-major de lutte contre la criminalité organisée (EMCO).
Source : Le blog de la LCBFT ↗
À lire aussi
Un poste en compliance vous intéresse ?
GRACES publie des offres GRC exclusives et vous donne accès aux fourchettes de rémunération du marché — en toute confidentialité.