Veille réglementaire
Déontologie en gestion d'actifs : le règlement AFG-AMF décrypté
AMF · 25/05/2026
Focus — Déontologie en gestion d'actifs : le règlement AFG-AMF décrypté
Pilier de la confiance des investisseurs et de l'intégrité des marchés, la déontologie en gestion d'actifs pour compte de tiers est un sujet aussi fondamental que complexe. Au cœur de ce dispositif se trouve le règlement de déontologie de l'Association Française de la Gestion financière (AFG), approuvé par l'Autorité des Marchés Financiers (AMF). Ce texte, régulièrement mis à jour, constitue la feuille de route opérationnelle pour toutes les Sociétés de Gestion de Portefeuille (SGP) opérant en France.
Loin d'être une simple formalité administrative, ce règlement incarne la traduction concrète des principes européens et nationaux en matière de protection des clients. L'enjeu principal est clair et non négociable : garantir en toutes circonstances la primauté de l'intérêt du client et prévenir toute situation de conflit d'intérêts susceptible de compromettre un jugement professionnel sain et indépendant.
💡 Sujet/Concept clé : de quoi parle-t-on ?
La déontologie, dans le contexte de la gestion d'actifs, désigne l'ensemble des règles et devoirs qui régissent la profession, ses acteurs et leurs relations avec les clients et les marchés. Elle vise à encadrer les comportements individuels et collectifs pour prévenir les manquements à la probité, à la loyauté et à la diligence. Le périmètre est large et couvre toutes les entités agréées en tant que SGP, quelle que soit leur taille ou leur spécialisation.
Le champ d'application s'étend à l'ensemble des collaborateurs considérés comme des 'personnes concernées', c'est-à-dire ceux dont les fonctions peuvent donner accès à des informations sensibles ou qui sont impliqués dans le processus de gestion. Cela inclut les gérants, les analystes financiers, les négociateurs, mais aussi les dirigeants et les fonctions de contrôle comme les compliance officers. Les règles s'appliquent à toutes les activités de gestion pour compte de tiers, qu'il s'agisse de mandats de gestion ou de la gestion d'organismes de placement collectif (OPCVM et FIA).
La base légale et réglementaire
Le règlement de déontologie de l'AFG ne sort pas de nulle part. Il s'inscrit dans une hiérarchie des normes précise. Au sommet, les directives européennes, principalement MIF 2 (Directive 2014/65/UE) et AIFM (Directive 2011/61/UE), posent les principes fondamentaux de protection des investisseurs, de gestion des conflits d'intérêts et d'intégrité des marchés. Ces principes sont ensuite transposés en droit français, notamment dans le Code monétaire et financier (CMF).
Le Règlement Général de l'AMF (RGAMF) détaille ces obligations. Le Livre III, relatif aux prestataires de services d'investissement, est particulièrement pertinent. Il encadre strictement la gestion des conflits d'intérêts (articles 314-75 et suivants), les transactions personnelles des collaborateurs (article 314-82) ou encore les règles sur les avantages et rémunérations (inducements). Le non-respect de ces dispositions expose les SGP et leurs dirigeants à des sanctions administratives pouvant aller de l'avertissement à des amendes pécuniaires significatives, voire au retrait d'agrément.
Le règlement de l'AFG, en tant que règle professionnelle approuvée par l'AMF, vient ensuite traduire ces exigences réglementaires en un guide opérationnel concret et adapté aux spécificités du métier de la gestion d'actifs. Son approbation par le régulateur lui confère un caractère contraignant pour les membres de l'association et sert de référence pour l'ensemble de la Place.
Au-delà du texte : les zones de vigilance pour le déontologue
L'application de ce règlement soulève des défis opérationnels constants pour les RCCI et les déontologues. La première zone de risque demeure la gestion des transactions personnelles. Définir précisément le périmètre des 'personnes concernées' et des instruments financiers visés, mettre en œuvre un processus de pré-autorisation (pre-clearance) efficace et assurer un suivi post-transaction robuste sont des tâches complexes, surtout avec l'émergence de nouveaux actifs comme les crypto-monnaies, dont le traitement déontologique reste un sujet de débat.
La politique en matière de cadeaux et avantages constitue un autre point de friction. La frontière entre un geste commercial légitime et une incitation susceptible d'altérer le jugement est ténue. Une politique interne claire, avec des seuils quantitatifs précis, un registre de déclaration obligatoire et des contrôles réguliers, est indispensable pour éviter les dérives et se conformer à la fois aux exigences MIF 2 et à l'esprit de la loi Sapin II.
La gestion de l'information confidentielle et la prévention des abus de marché sont également au cœur des préoccupations. Les 'murailles de Chine' doivent être plus qu'un concept théorique ; elles doivent se matérialiser par des barrières organisationnelles, physiques et informatiques efficaces. La formation des collaborateurs à l'identification d'une information privilégiée et aux réflexes à adopter est un enjeu de premier ordre.
Enfin, le rôle du déontologue évolue. Il n'est plus seulement un contrôleur, mais un véritable partenaire des métiers, qui doit faire preuve de pédagogie pour diffuser une culture de l'intégrité. Sa capacité à dialoguer avec la direction générale et à démontrer la valeur ajoutée de son action est déterminante pour l'efficacité du dispositif global.
Ce que ça change opérationnellement (Plan d'action)
Pour un Compliance Officer, la mise en conformité avec le cadre déontologique exige une approche structurée et proactive. Voici un plan d'action en 6 étapes clés :
1. Réviser et personnaliser le code de déontologie interne : Le code de l'AFG est un socle, pas une finalité. Il doit être adapté aux spécificités de votre SGP (taille, activités, clientèle). Faites-le valider par l'organe de direction, diffusez-le à tous les collaborateurs et assurez-vous de sa bonne compréhension via une attestation de lecture annuelle.
2. Mettre à jour la cartographie des conflits d'intérêts : Cet exercice doit être dynamique et révisé au moins une fois par an ou lors de tout changement majeur (nouvelle activité, acquisition...). Identifiez les conflits potentiels entre la SGP et ses clients, entre clients, et entre les collaborateurs et les clients.
3. Digitaliser le suivi des obligations déontologiques : L'utilisation d'outils dédiés est devenue incontournable pour gérer les déclarations de transactions personnelles, les demandes de pré-autorisation, le suivi des cadeaux et avantages ou la gestion des listes de surveillance (watch lists). Un outil robuste garantit la traçabilité et l'efficacité des contrôles.
4. Déployer un plan de formation ciblé et continu : Organisez des sessions de formation annuelles obligatoires, basées sur des cas pratiques et des décisions de sanction de l'AMF pour illustrer les risques. Des modules spécifiques peuvent être prévus pour les populations les plus exposées (gérants, analystes).
5. Établir un reporting pertinent pour la direction : Le RCCI doit produire un tableau de bord périodique à destination des dirigeants effectifs et du conseil d'administration. Il doit inclure des indicateurs clés (KPIs) : nombre de transactions personnelles refusées, nature des conflits d'intérêts détectés et mesures prises, suivi des cadeaux, taux de complétion des formations, etc.
6. Procéder à un audit périodique du dispositif : Faites évaluer l'efficacité de votre cadre déontologique par une fonction indépendante (audit interne ou prestataire externe) sur une base régulière. Cela permet d'identifier les faiblesses et les axes d'amélioration avant qu'un contrôle du régulateur ne les mette en évidence.
Sources
- 📎 AMF — Règlement de déontologie de la gestion d'actifs pour compte de tiers